LES FRANÇAIS COUPENT L'ORME DE GISORS
« VOUS, quoi qu'on puisse me dire, car je ne fais pas le métier de « champion. — Sire, » répondit le Maréchal, « je désire savoir a ce^flue le roi de France dira de nos propositions et quelle a réponse nous devrons rapporter à notre seigneur. » Les comtes allèrent trouver le roi qui repoussa les propositions avec colère * [7724].
Le comte de Mandeville et le Maréchal revinrent auprès du roi Henri et lui rendirent compte de leur message 2. Le roi de France, qui était irrité, donna ordre à ses gens d'aller à la barbacane et de repousser à l'intérieur ceux qui se tenaient, par bravade, en dehors. Robert de Dreux et les siens les chargèrent aussitôt lances baissées. Mais il y avait là de bons sergents qui les reçurent à la pointe des épieux. Les assaillants y perdirent beaucoup de leurs chevaux. Guillaume des Barres y fut pris par le frein et retenu longtemps, mais enfin il fut délivré par ses hommes^. Nombre de ribauds qui faisaient les fiers restèrent sur le terrain meurtris et moulus. Par deux fois les Français revinrent à la charge, mais les nôtres leur tinrent tête, sans subir aucune perte [7762].
habituelle dans le ms. du poème {boche, v. 6855) et qui doit être considérée comme une imitation du langage picard que pariait le comte de Flandres.
1. J'interprète d'après le sens général, car le texte est ici peu sûr; voy. les noies des vers 7724 et 7726.
2. Raoul de Dicel ne parle point de ce message. Il se borne à dire que les deux rois eurent, à partir du 16 août, une entrevue qui dura trois jours et n'amena aucun résultat, puis il passe immédiatement à l'histoire de l'orme coupé, que le poète va nous raconter (éd. Stubbs, II, 55). Les historiens français, Rigord et Guillaume Le Breton, ne savent rien non plus de cette ambassade. Dans Ben. Peterb. (II, 45), à la vérité, on voit Henri II envoyer à Philippe des messagers au nombre desquels figure Guillaume le Maréchal, mais les circonstances sont tout autres que dans le poème : le Maréchal accompagne non pas le comte de Mandeville, mais l'archevêque de Rouen et l'évoque d'Évreux ; puis l'ambassade a pour objet de demander au roi de France la réparation des torts par lui causés; enfin elle a lieu avant l'entrevue de Gisors.
3. Ben. Peterb. (II, 46) place, après l'ambassade dont il a été parlé dans la note |»récédente, un combat, près de Manies, où Guillaume des Barres aurait été pris par Richard et, quoique prisonnier sur parole, se serait échappé. Ce récit prend place avant l'entrevue de Gisors. Guillaume Le Breton nous montre G. des Barres combattant contre Richard {Philippide,