LE ROI DE FRANCE SE RETIRE
Le roi de France se retira, fort irrité, avec ses troupes. Hors la ville il y avait un orme rond, verdoyant et beau qui donnait en été un ombrage agréable. Les hommes du roi, par stupidité, le découpèrent pièce à pièce. C'est ainsi quMls prouvèrent leur prouesse ^ Le roi de Franco en eut déplaisir; il dit tout haut que c'était une honte pour la couronne de France. « Suis-je donc « venu, » disait-il, « pour faire le bûcheron? » [7778].
Le roi de France s'éloigna. Il rentra en France et licencia son armée. Lorsque le Maréchal Papprit, il alla trouver le roi Henri et lui dit : « Sire, le roi de France a congédié ses troupes, qui « maintenant se dispersent. Je vous engage à faire de même, a mais en même temps dites-leur secrètement de revenir vers « nous à une date que vous leur fixerez. Vous ferez une telle « chevauchée sur la terre du roi de France quMl en aura plus de a dommage que nous de notre arbre «. — Par les yeux de Dieu ! » répondit le roi, « Maréchal, vous me donnez un bon conseil, a Ainsi sera-t-il fait » [7802]. l\ commanda à ses gens de se
m, 431, 487) après l'entrevue de Gisors, après même la destruction de l'orme, dont notre auteur n'a pas encore parlé.
1. Cet exploit des Français a été noté par la plupart des historiens, mais c'est Guillaume Le Breton qui le raconte avec le plus de détail en cherchant à le motiver {Philippide, III, 102 et suiv.). Cet arbre magnifique abritait les Anglais, qui, bien à l'ombre, se moquaient des Français qui grillaient au soleil. En outre, le roi d'Angleterre avait fait cercler de fer le tronc de cet arbre, et, en manière de défi, il y avait fait mettre une inscription dont le sens était que, de même que cet arbre ne pouvait être abattu, ainsi il serait impossible aux Français de rien gagner sur les Anglais. On conçoit l'irritation des Français. — On n'a pas encore remarqué que le récit de la destruction de l'orme de Gisors et du combat qui eut lieu ensuite a été raconté, selon toute apparence d'après la Philippide, par le Ménestrel de Reims, qui, entre les nombreuses libertés qu'il s'est permises, a pris celle de placer toute cette histoire au temps où Richard était roi, après son retour de captivité; voy. éd. de la Société de l'Hisl. de France, § 97 et suiv.
2. Dans la Philippide, c'est Richard qui conseille à son père de dévaster la terre du roi de France. Mais il n'est pas question de licencier en apparence les troupes pour les réunir un peu plus tard sur un autre point. La chevauchée a lieu le lendemain même du départ de Philippe. Cependant, c'est bien de la même entreprise qu'il s'agit de part et d'autre, car, dans les deux récits, on part de Paci-sur-Eure {P/Ulippide, III,