IL REVIENT AUPRÈS DU ROI
place et redescendit la pente sans plus de dommage. Les hommes du Maréchal, qui étaient dans la rue, en eurent grande joie, car si le cheval avait dévié de deux doigts il serait tombé de toute la hauteur dans le fossés Hue de Hardeincourt ^ et Baudouin de Béthune coururent à lui encore tout émus et le blâmèrent de sa témérité. « Vous ne savez pas, » leur dit-il, a pourquoi j'ai agi ainsi : parmi eux se trouvait un chevalier « monté, et, si j'avais pu le saisir par le frein, je l'aurais emmené a avec moi bon gré mal gré, car, à la descente du pont, il n'au- « rait pu revenir en arrière. — Eh bien I » reprit Baudouin, «je « suis bien sûr qu'Etienne de Marçai, le sénéchal d'Anjou^, ne « se serait pas risqué de la sorte pour si peu. — Non, certes, » flt Hue de Hardeincourt, « pas même pour le fief d'Angers. » Plusieurs s'avancèrent jusqu'à la tète du pont, mais ils trouvèrent de la résistance. Des hommes et des chevaux furent blessés, mais, Dieu merci. Je Maréchal n'eut rien. La nuit, ils couchèrent à Ghàteaudun [8032]. Jean d'Erlée était alors écuyer du Maréchal; il découvrit le chevaP et vit les blessures faites par les épieux. On compta jusqu'à sept plaies, mais c'étaient des
1. Le pont, comme la plupart des anciens ponts, n'avait pas de parapets.
2. Parent de Rogier de Hardeincourt, mentionné plus haut (p. 56, n. 6).
3. Le même qui est appelé Stephanus Turonensis ou de Turonibus par Ben. Peterb. (II, 9, 67, 71), identifié à tort par M. Stubbs (II, 71) avec le chevalier anglais Etienne de Turnham, erreur qu'a relevée M. Eyton (p. 297, n. 2); Stephanus de Marzai dans Richard de Devizes. Il tirait son surnom de Marçai, cant. de Richelieu, arr. de Chinon. C'est ce qu'a établi M. Marchegay, faisant remarquer qu'Etienne avait un frère appelé Reinaut de Vou ; or, Vou, dans l'arr. de Loches, n'est pas fort éloigné de Marçai {Bibl. de l'Éc. des ch., XXXVI, 439). Etienne de Marçai est le fondateur de l'hôpital Saint-Jean d'Angers (C. Port, Invent, des arch. anc. de l'hôpital Saint-Jean, 1870, in-4% p. iv, et le même, Dicl. de Maine-et-Loire, Margay [Etienne deJ). C'est lui qui avait la garde du trésor de Henri II, à Chinon, que Richard enleva de vive force en 1187 (lien. Peterb., II, 9, où l'édition porte : t Stephano Tirconensi, au lieu de Turonensi »). On verra plus loin (note sur le v. 9204) que Richard, à son avènement, le traita comme un voleur. Etienne ne tarda pas cependant à rentrer en faveur, car il accompagna le roi en Palestine. Il mourut, selon toute apparence, au commencement de l'an 1200 (G. Dubois, Bibl. de VÉc. des ch.^ XXXII, 100, n. 3, où le surnom est écrit à tort Marthay). Il est remarquable que le poète parle généralement de lui avec défaveur.