‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 110 sur 404 · RUPTURE DES NÉGOCIATIONS · texte numérisé non relu

RUPTURE DES NÉGOCIATIONS

Présentement, il me faut parler de l'entrevue qui eut lieu entre Soligni et Moulins, tout près de Bonmoulins'. Le roi d'Angleterre, s'y étant rendu, vit arriver son fils Richard avec le roi de France. 11 sut bien alors qu'il était trahi. Toutefois, il ne le laissa pas paraître; mais il dit à son fils : « Richard, d'où « venez- vous? — Beau sire, j'avais rejoint sur la route le roi a de France. Il me parut qu'il était mal, dès que j'étais si près a de lui, de l'éviter. C'est en vue de la paix que je suis venu « jusqu'ici avec lui. — C'est bien, Richard, s'il en est ainsi, » fit le père, « mais je ne le crois pas. Prenez garde qu'il y ait a autre chose » [8146].

Les deux rois et leurs conseillers délibérèrent ensemble. Ils étaient près de s'entendre sur les conditions de la paix, quand le roi de France prit à part notre roi et lui demanda de céder à Richard, avec le Poitou, la Touraine, le Maine et TAnjou. « Est-ce là le conseil que vous me donnez? » dit le roi Henri. — Oui vraiment. — Je vois que vous désirez son avancement ; a mais c'est que je ne suis pas prêt d'accorder 2. » Sur ce les deux rois se séparèrent. Tels y eut que cette rupture affligea, mais ceux qui haïssent la paix et aiment la guerre s'en réjouirent. Ainsi se termina la conférence; ainsi recommença la guerre qui de longtemps ne prit fin [8188].

Richard, le comte de Poitiers, partit, sans prendre congé, à rinsu de son père^. Le roi Henri en fut peiné : « Oh ! » dit-il, a je m'y attendais. Mes enfants ne feront jamais rien de bien, a Ils causeront ma perte et la leur. Toujours ils m'ont fait du « mal. » U appela le Maréchal et ceux de ses hommes en qui

1. Bonmoulins est dans le canton de Moulins-la-Marche. L'entrevue eut lieu « prope Bonsmulins, » selon Raoul de Dicet, l. c.

2. D'après ce que nous savons, soit par Ben. Peterb., soit par R. de Dicet, il ne parait pas que telle ail été la cause du diflerend entre les deux rois. Ce qui se rapproche le |)lus de la proposition faite ici par Philippe, c'est le fait rapporté par Ben. Peterb. (II, 50), qu'à la conférence de Bonraoulins Richard lit hommage au roi de France pour la Normandie, le Poitou, l'Anjou, le Maine, le Berry, le Toulousain et pour tous ses fiefs sis outre-mer; voir Miss Norgale, England under the Angevin Kingt, II, 2j5.

3. D'après Gervais de Cantorbery (éd. Slubbs, I, 436), Richard se serait retiré en compagnie du roi de France.

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