‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 111 sur 404 · DÉPART SOUDAIN DE RICHARD · texte numérisé non relu

DÉPART SOUDAIN DE RICHARD

il avait le plus de confiance, et leur demanda conseil. Le Maréchal fut d'avis d'envoyer à la recherche de Richard et de le mettre en demeure de revenir aussitôt, ou de dire pourquoi il était ainsi parti sans en faire savoir le molif. « Maréchal, » reprit le roi, « vous et Bertrand de Verdun* vous accomplirez « ce message » [K227]. Le Maréchal se mit en route avec Bertrand de Verdun, qui fut toujours plein de loyauté et de droiture. A midi, ils arrivèrent à Amboise, où le comte avait passé

1. Ce personnage tirait probablement son surnom de Verdun, écart de la commune de Vessey (Manche, cant. de Pontorson). Il est mentionné à plusieurs reprises par Benoit de Peterborough : d'abord au nombre des seigneurs anglais et normands qui restèrent fidèles à Henri II lors de la révolte de son fils aîné, en 1173 (Stubbs, I, 51, note); puis parmi les juges errants (I, 107} ; il avait dans son ressort plusieurs comtés de l'ouest. En 1177, le roi d'Angleterre le chargea, avec deux autres de ses familiers, d'une mission en Espagne (ibid., I, 157; cf. Eyton, p. 212). Enfin, il accompagna Richard à la croisade; le roi lui confia la garde de Saint-Jeand'Acre le 21 août 1191 (II, 190), et il mourut à Jaffa un an après (II, 149-150); cf. Monasticon anglicanum, nouv. éd., V, 661. D'après Jordan Fantosme, il combattit contre le comte David (voir ci-dessus, p. 57, n. 1) lors de la chevauchée de celui-ci en Angleterre, en 1174 (éd. Fr. Michel, à la suite de la chronique de Benoît, v. 1114, 1127; éd. R. Howlelt, dans Chronicles of ihe reigns of StepheUf Henry II and Richard 1, III, 298). Il fut témoin à un acte passé à A'^alogne, le 8 décembre 1174, dans lequel est inséré le traité de paix entre Guillaume, roi d'Ecosse, et Henri II (Eyton, p. 186), et à plusieurs autres actes des années suivantes (Eyton, p. 198, 201, 210, 233, 234, 241, 245, 246, 254, 287). — B. de Verdun exerça les fonctions de shérif dans les comtés de Leicester et de Warwick depuis 1170 au moins jusqu'en 1185 [Calendar of documents relating to Ireland^ I, n" 10, 32, 72), puis dans le comté de Chester [Wid., n"' 81, 82). Il fut ensuite sénéchal d'Irlande; voy. The Song of Dermot and ihe Earl..., edited by G. FI. Orpen (Oxford, 1892), noie sur le v. 2610. — Un Bertrand de Verdun est mentionné dans le Très ancien couiumier de Normandie, ch. lxi. M. Joseph Tardif l'a identifié avec celui qui accompagna Richard en Terre sainte et y mourut, et lui a consacré une notice rédigée principalement d'après des souscriptions de chartes, où les fonctions remplies par le personnage ne sont point indiquées {Coutumiers de Normandie, I, 106-107). L'identité paraît très probable, mais n'est pas évidente. D'après les témoignages recueillis par M. J. Tardif, on voit que Bertrand de Verdun était tenancier de l'abbaye du Mont- Saint-Michel. Il figure en des documents concernant ce monastère (Rob. de Torigni, éd. Delisle, II, 241, 288, 298, 308). C'e»t ce qui fait supposer qu'il devait tirer son surnom d'un lieu voisin du Mont-Saint-Michel.

il89] LE ROI HENRI SE PRÉPARE A LA GUERRE. 99

la nuit. Mais il était trop tard. Ils apprirent de Thôte que Richard et les siens étaient partis dès le matin et que ce serait peine perdue d'essayer de le rejoindre. Pendant la nuit, il avait fait faire au moins 200 lettres. On ne l'avait jamais vu si anxieux de convoquer ses adhérents par toute sa terre [8254].

Le Maréchal fit prévenir aussitôt le père de la trahison que son fils préparait contre lui, puis il alla attendre à Tours le roi, qui s'empressa de l'y rejoindre ^ Le roi Henri se plaignit amèrement, devant ses barons, de la conduite de Richard et envoya demander du secours en Angleterre. Il donna ordre écrit à Raoul de Glanville^, qui était justice d'Angleterre, de convoquer nominativement ses hauts hommes et ses barons et de tâcher de venir à lui avec le trésor [8284]. Après cela, le roi chevaucha avec beaucoup de peine jusqu'au Dorât 3, où il ne séjourna pas longtemps. Puis, n'y ayant rien fait, il se rendit à Ghinon, d'où il revint au Mans^. Là, il fut pris d'une maladie qui lui dura tout le carême^. C'est là que vinrent le rejoindre

1. M.*Eyton (p. 294) place dubitativement entre le l'^etle 20 mars 1189 une charte de Henri II passée à Tours et à laquelle sont témoins Raoul de Glanville (voir la note suivante) et le sénéchal d'Anjou Etienne; mais c'est plus probablement vers la fin d'avril que le roi se trouvait à Tours.

2. Dans le ms. (v. 8275) Rad^ abréviation de RadiUfns. Mais le nom latin est Ranulfus. Il est appelé Randulf dans la chronique de Jordan Fantôme (éd. Fr. Michel, vv. 1562, 1713, etc.). Ce personnage, qui tirait probablement son surnom du village de Glanville, cant. de Pont-lÉvôque, fut nommé justice, ou grand juge d'Angleterre, en 1180, succédant à Richard de Lacy. il fut en toute circonstance le serviteur lidèle et habile de Henri II, comme ensuite de Richard, qu'il accompagna à la croisade. II mourut à Acre avant le 21 octobre 1190. On trouvera une bonne notice sur ce personnage dans le Dictionary of national biography, sous Glanville (Ranulf de).

3. Ch.-l. de cant. de l'arr. de Bellac, Haute- Vienne. On n'a pas d'autre mention du passage du roi Henri au Dorât. On se demande ce (fu'il y était allé faire.

4. On n'a pas non plus de témoignage sur un séjour du roi HenriàChinon à cette époque. Sa présence au Mans est attestée à différentes dates de l'année 1189 : l"-3 février, 20 mars, l'J mai (Eyton, 294-21)5).

5. L'auteur paraît avoir oublié qu'il a déjà fait mention plus haut de celte maladie qui obligea le roi à séjourneT au Mans jusqu'à l'octave de Pâques, date de son entrevue avec le roi de France (ci-dessus, |). 9G). C'est en réalité pendant le carême de l'année 1189 (P<iques étant le

100 IL ENVOIE DES MESSAGES AU ROT DE FRANCE. [ii89

les hauts barons qui avaient été mandés. Hubert Gautier ^ qui était clerc de Raoul de Glanvilie, y vint à la place de son seigneur, qui était malade^. C'est alors que le roi promit au Maréchal la pucelle de Striguil ' pour le récompenser de ses services, ordonnant à Hubert Gautier de le faire entrer en possession de la dame et de la terre dès son retour en Angleterre [8309]. Quand le roi fut rétabli, il fit venir le Maréchal et l'archidiacre de Hereford^, et leur dit de se rendre auprès du roi de France

9 avril ) qae la maladie se déclara, au témoignage de Giraud de Barri (III, xiii) : c Elapsa igitur liieme, martio sequente rex Ànglorum apos- « teroate, quod ei circa pudenda ex acutis humoribus ialumuerat et jam c in iistulam conversura fuerat, Cenomannis graviter accubuit > {OperOy Vlil, 259).

1. Successivement doyen d'York (1186), évéque de Salisbury (septembre 1189) et archevêque de Cantorbéry (novembre 1193), il mourut le 13 juillet 1205. Sa tante élait la femme de Ranulf de Glanvilie. C'était un très habile jurisconsulte. Il était en effet le second de Ranulf de Glanvilie, qu'il remplaça en 1193 dans la fonction de justice d'Angleterre; voir sur ce personnage la notice de Miss Norgate dans le Dictionary of national biography.

2. Ce dut être en mai, car le 24 avril 1189 Hubert Gautier siégeait c in « curia Régis » à Westminster (Eyton, p. 298).

3. Striguil ou Strigul est l'ancien nom de Chepstow, Monmouthshire, sur la rive droite de la Severn. Les ruines du château de Striguil existent encore, sur une hauteur qui domine la Wye, près du confluent de cette rivière avec la Severn; voir Ormerod, Slrigulensia , archœological memoirs relating to the district adjacent to the confluence of the Severn and IheWye [not published] (London, 1861, in-8«), et spécialement p. 64 et suiv., le mémoire intitulé c On the idenlity of the norman Estnghoiél of the Domesday survey, with the later and présent Chepstow » (c'est la réimpression partielle d'un mémoire imprimé dans V Arcfixologia, XXIX, 25-31). L'auteur montre que Chepstow est proprement le nom de la ville, el Striguil celui du château. Voir aussi J. Fitchelt Marsh, Annals of Chepstow Castle, front the Conquest to the Révolution (Exeler, 1883). Isabelle de Striguil, qui épousa le Maréchal en 1189, était la fille de Richard Fils-Gilbert, surnommé Strongbow, qui mourut en 1176. On trouvera sa généalogie dans Stapleton, Magni rot. scacc. Norm., II, cxxxix; G. E. Cfokaine], The complète Peerage, art. Pbmbroke; cf. J. H. Round, Feudal England (London, 1895), p. 523. A la mort de Richard, le roi avait saisi sa terre (Ben. Peterb., I, 125).

4. L'archidiacre Raoul, que le roi d'Angleterre avait envoyé au-devant des légats du pape à leur arrivée en Angleterre, le 1" janvier 1187 (Ben. Peterb., II, 4). Ce personnage est témoin à une charte du roi qui parait avoir été passée à Alençon vers le mois de janvier 1188 (Eyton, 284).

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