HENRI FAIT INCENDIER LE FAUBOURG
« — Sire, » répondit le Maréchal, « s'ils entraient, ce serait « fôcheux. Il sera fait selon votre plaisir, mais, pour le moment, a voici un chevalier prisonnier que je vous amène. — Maréchal, a prenez soin vous-même de le faire désarmer et garder » [8732].
Le Maréchal mit pied à terre et monta sur le cheval qu'il avait pris avec le chevalier, et il envoya ce dernier à son hôtel. Puis il alla avec le roi, qui fit mettre le feu au faubourg, en dehors de la cité ^ Le roi de France fit tendre des pavillons de Pautre côté de la rivière^, se réjouissant de voir le faubourg en feu [8748]. Le roi se retira par la cité avec le Maréchal. Ils virent une
lutte s'engager; cf. les mots soulignés dans le passage de Giraud de Barri cité à la note suivante.
1. Il avait été décidé en conseil (on l'a vu plus haut, vv. 8512-8516) que, si le roi de France s'approchait du Mans, on mettrait le feu au faubourg. Les historiens ne sont pas entièrement d'accord sur les circonstances de cet événement. Voici ce que dit Raoul de Dicet : « In crastino c Sancti Barnabae (12 juin 1189) veheraens ignis a parte régis Anglorum « injectus intra modicum temporis suburbana consumpsit » (Bouquet, XVII, 623a ; Stubbs, II, 63). Selon Ben. Peterb. (II, 67), l'incendie aurait été allumé par ordre d'Etienne de Marçai, sénéchal d'Anjou. Giraud de Barri, dont le récit confirme celui du poète, dit positivement que le roi Henri fit mettre le feu au faubourg, croyant ainsi réussir à barrer le passage aux Français et mettre fin au combat déjà engagé. Du faubourg, l'incendie, poussé par le vent, gagna la cité : « Cum igitur, egredienlibus urbanis, c hostiles acies utrimque concurrere jam pararent et in primis, nondum « tamen consertis omnino viribus, conlligendo quasi prœliorum prœludia 0 facerent, rex Anglorum, ut erat Martios congressus, quoad potuit, sema per eviians, suos intra mœnia revocando, suburbium totum... ne vel « urbi oflicere vel hosli proficere possel, igné apposito comburi jussit. « Ventus autem... vira flammeam ignis edacis in urbera illico interiorem a transportavit ; statimque in tantam violentiam raultis in urbe locis € ignis excrevit, ut rex quantocius cum suis exire urbemque relinquere, c mullis una cum urbe per maturationem amissis, compuisi fuissent* » {De principis instr., III, xxiv; Opéra, VIII, 283).
2. L'Huisne. L'expression du texte « outre l'ewe, de l'autre part, » peut s'entendre en deux sens. C'est probablement de l'autre côté par rapport à la direction d'où le roi de France venait, c'est-à-dire sur la rive droite, tout près du Mans. On a vu plus haut (p. 104) que les Français avaient trouTé un gué pour passer la rivière.
* Corr. compulsus fuerit ?