J DÉPOSITION DU CHANCELIER G. DE LONGCHAMP
a Gomment! » dit le roi, « sont-ils tous devenus ses hommes? « Je crois cependant que, parmi eux, il en est d^honnêtes. tt Abbé, vous qui m'apportez ce message, nommez- moi les prina cipaux de ceux qui se sont alliés à mon frère. — Sire, on cite a le Maréchal et plusieurs autres. — Le Maréchal! Par les «jambes Dieu! je pensais en vérité que le Maréchal était le « plus loyal chevalier de tout mon royaume. Je m'en fie à votre « loyauté. — Sire, » répondit l'abbé, « je me rétracte. Je vous a ai dit ce qu'on m'a commandé de dire. — Par les jambes « Dieu ! je crois bien que le Maréchal n'a jamais été fourbe » [9838].
Entretant, les hauts hommes d'Angleterre avaient chassé du pays le chancelier, par commun conseil, et nommé à sa place l'archevêque de Rouen Gautier ^ Celui-ci, élu grand juge, gouverna la terre plus à droit que n'avait fait le chancelier. Il se conduisit sagement, par les conseils du Maréchal, des autres barons et de la reine. Le comte Jean aurait aussi voulu se faire écouter, mais Tarchevèque s'y refusa. Pourquoi ? parce qu'il se défiait de lui, voyant bien à quoi il tendait-^ [9882].
1. Gautier de Coutaoces. C'est le roi qui l'avait institué grand juge en place du chancelier Guillaume de Longchamp ; voy. plus haut, p. 125, note. Il est vrai que cette nomination était conditionnelle et ne devait avoir son plein effet, c'est-à-dire la destitution de Guillaume de Longchamp, qu'au cas où ce dernier aurait agi contrairement aux intérêts du roi. C'est le 8 octobre 1191, dans une assemblée tenue à Saint-Paul de Londres, que les lettres scellées du roi furent produites par l'archevêque de Rouen et par Guillaume le Maréchal. En conséquence, Guillaume de Longchamp fut privé de son olïïce de grand juge et remplacé en cette qualité par l'archevêque de Rouen (Ben. Peterb., II, 213). Au sujet d'une différence de rédaction assez caractéristique que présente cette lettre dans les textes qui nous en ont été conservés, voy. une longue note de M. Stubbs, dans Rog, de Howden, III, 9G. Le chancelier chercha à fuir sous un déguisement (Il octobre), mais il fut arrêté à Bermondsey, près Douvres. Peu après, il fut délivré par ordre de Jean et put quitter l'Angleterre (Ben. Peterb., II, 215 et suiv.; Giraldi Cambr. opéra, IV, 411- 412). Voy., pour tous ces événements, Stubbs, préface du tome III de son édition de Roger de Howden, p. lxxviu et suiv.
2. Déjà, avant l'élection de Gautier, Guill. de Longchamp, avec Tassentiraenl de la reine et des barons, avait dû empêcher Jean de se rendre auprès du roi de France, qui, selon Ben. Peterb. (II, '236), lui avait promis sa sœur Alice en mariage ((clIe (jue Riciiard avait refusée) et qui,