DÉLIVRANCE DU ROI RICHARD
a par la terre et la ravagerait. Le mieux, à mon avis, est que « je reste ici avec mes gens jusqu'à ce que le château soit pris a ou rendu. Pendant ce temps, vous irez à la poursuite du « comte, et, sMl cause du désordre dans le pays, vous n'aurez a pas de peine à rabattre son orgueil, car il n'a pas assez de a monde pour se défendre contre vous, et vous serez soutenu « par les habitants. Ou, si vous le préférez, mes hommes et « moi nous marcherons contre lui, et je le combattrai et le « mènerai de telle sorte qu'il quittera le pays. » Son avis prévalut, mais entretant, la garnison se rendit, sous condition d'avoir la vie et les membres saufs. Les assiégeants y placèrent un connétable, puis se rendirent à Marlborough, dont les défenseurs ne tardèrent pas à se rendre^ [9964].
Cependant, la nouvelle se répandit que le roi allait être délivré moyennant rançon^. Ses ennemis s'en affligèrent et ses amis s'en réjouirent. Il en coûta plus de cent mille livres avant que le roi fût délivré. Les hauts hommes du pays s'imposèrent de grandes charges et s'engagèrent personnellement [9984]. En Angleterre, et par tout le reste du royaume, on prit le cinquième des biens-meubles. On prit aussi les calices d'or et d'argent'. Ceux-là donnèrent une grande preuve de leur dévouement qui envoyèrent leurs enfants comme otages pour tirer le roi de prison. Il leur en sut grand gré. Il envoya à son peuple, en Normandie et en Angleterre, et particulièrement au Maréchal, des lettres contenant le témoignage de sa reconnaissance.
1. Marlborough ayait été concédé à Jean par Henri II en 1174 (Ben. Peterb., I, 78) et de nouveau par Richard en 1189 (ibid., II, 78). La prise de celte ville eut lieu à la suite d'une attaque dirigée par Hubert, archevêque de Cantorbéry, avant le retour du roi en Angleterre, en février 1194 (Rog. de Howden, III, 237). Le poète se trompe donc eu plaçant cet événement immédiatement après l'occupation de Windsor.
2. Celte décision fut prise au congrès des princes allemands tenu à Worms le 5 juillet 1193. La rançon fut fixée à cent mille livres d'argent (R. de Dicet, II, 110).
3. Voy., pour le détail des contributions ecclésiastiques, R. de Dicet, II, 110, et, en général, sur les conditions dans lesquelles les sommes nécessaires pour la rançon furent levées, Stubbs, préface de Rog. de Howden, IV, lxxxii et suiv.; Delisle, Bibl. de VÉc. des chartes, 2* série, V, 289.