LA GUERRE CONTINUE
Une fois tiré de l'eau, le roi de France ne resta pas dans Gisors, bien que ce fût un fort château, de peur d'y être assiégé. Quand le renard se laisse terrer, il n'est pas sûr de pouvoir s'échapper. Aussi le roi Philippe s'erapressa-t-il de rentrer en France. Le roi Richard retourna avec sa gent à la Roche-dWndeli, menant avec lui comme prisonniers quatre-vingt-onze des chevaliers du roi de France \ sans parler des gens de moindre importance. Depuis lors, en toutes les guerres, trente des nôtres n'hésitaient pas à courir sur quarante Français, et il n'en avait pas été ainsi auparavant ^ ['l \ 068]. C'est que les hommes qui ont un bon seigneur gagnent en prouesse et en valeur. Le roi Richard élevait les bons et rabaissait les mauvais. Puisse le roi Henri^ faire de même, inspirant aux siens vaillance et hardiesse, afin de recouvrer un jour ce qui est sien et leur [\ i 084] !
La guerre continua après l'affaire de Gisors. Elle dura longtemps et dure encore, mais je ne puis en conter toutes les aventures une à une, et ce n'est pas de mon sujet. Le roi était à Gournai [^-HOe]. Il donna ordre à ses hommes, chevaliers, sergents, routiers de se rassembler à Gerberoi^ Puis il chevaucha vers Milli^ -, tandis que Marcadé se dirigeait sur Semilli*' ,
1. Richard, écrivant de Dangu le 30 sept, (sans date d'année) à l'évéque de Durham, fixe à cent le nombre des prisonniers. 11 joint à sa lettre les noms des principaux d'entre eux : « Quorum nomina majorum vobis mittiroas, et aliorum vobis mittemus cum eos viderimus, quia Marchadeus habuit usque ad .xxx. quos non vidimus. » C'est cette première liste, peut-être la seule qui ait élé dressée, que Rog. de Howden a introduite dans son récit (IV, 56). Elle contient quarante-trois noms, entre lesquels figurent quelques-uns des chevaliers mentionnés en d'autres occasions par notre poème, à savoir : Petrus Lieschans (le Pierre de Leschans sur lequel voy. ci-dessus, p. 47, noie 1), Theobaldus de Walangugardun (ci-dessus, p. 53, note 4), WUlelmus de Merlou (voyez la note précédente). Guill. Le Breton évalue le nombre des chevaliers faits prisonniers à 90 (Chron., g 93), ou 92 {Phil., V, 428), Vllist. des ducs de Normandie et des rois d'A ngleterre (p. 89) à 96 ou 95 (selon les manuscrits). La concordance entre ces chiffres est remarquable.
2. En plus d'un endroit, l'auteur a constaté la supériorité qu'on reconnaissait aux Français; voy. ci-dessus, pp. 37 et 52.
3. Henri III. L'auteur a déjà exprimé le même souhait (ci-dessus, p. 38).