LE ROI RICHARD
Richard attaqua Milli àl'improviste. Les assiégés se défendirent de leur mieux, repoussant les assaillants avec des pieux, des carreaux, des fourches, des fléaux. Ils renversèrent dans le fossé une échelle chargée de chevaliers et de sergents, qui presque tous furent blessés ou estropiés. Un chevalier de Galles, sire Gautier de Kidomore^ [-1^52], y eut la cuisse brisée. Les
Pierre de Semilli, Manche). Il ne manque pas, dans celle région, de noms en i qui pourraient prendre place ici (par exemple Savigni, Savignies, cant. de Beau?ais). Mais ce passage soulève d'autres difficultés. Ici l'auteur dislingue deux expéditions; l'une, dirigée parle roi Richard, aboutit à la prise de Milli, l'autre, conduite par le routier Marcadé, au cours de laquelle, comme on le verra plus loin (p. 150), l'évoque de Beauvais et Guill. de Mello sont faits prisonniers. Chez Rog. de Howden (IV, 16), ces deux expéditions sont conduites par le comte Jean et par Marcadé (le roi Richard n'y ligure pas), et elles sont placées à l'année 1196, au 14 des calendes de juin, feria secunda. Mais, comme on l'a déjà remarqué (Brial, Histor. de France, XVII, 579; Géraud, BibL de l École des chartes, III, 428, n. 3), c'est en 1197 que le 14 des calendes de juin (19 mai) tomba un lundi; en 1196, celait un dimanche. Il est donc certain que Rog. de Howden a mal placé le paragraphe relatif à celte affaire. D'ailleurs, la prise de l'évoque de Beauvais et de G. de Mello est correctement placée au 14 des calendes de juin 1197 par R. de Dicet (II, 152). Rigord (§ 123), sans donner de date précise, place cet événement en 1198, erreur relevée par M. Delaborde, p. 143. Le môme historien, dans son récit qui est très sommaire, s'écarte à la fois de Rog. de Howden et de notre poème, mais plus du premier que du second. Selon lui, il n'y aurait eu qu'une seule expédition, conduite par Richard accompagné de Marcadé et de ses routiers; il ne fait point mention du comte Jean. Une dernière question que soulève ce passage est de savoir si l'expédition, unique ou double, qui aboulit à la prise de Milli et à la capture de Tévéque de Beauvais, eut lieu avant ou après l'affaire de Courcelles et de Gisors. Selon notre poème, d'accord sur ce point avec Rigord, elle est postérieure ; selon Rog. de Howden et R. de Dicet, elle est antérieure. Si l'on admet la première hypothèse et si l'on tient pour assuré que l'évéque de Beauvais fut fait prisonnier le 19 mai 1197, il faut de toute nécessité reporter à une date antérieure la prise de Courcelles et le combat de Gisors que Rigord et Rog. de Howden placent à la fin de septembre 1198. De plus, quel que soit l'ordre dans lequel se sont produits ces deux faits de guerre, il semble difficile de placer à la fin de septembre 1198 l'affaire de Courcelles et de Gisors, s'il est vrai, comme l'assure le poète d'accord avec Roger de Wendover (voir plus loin, p. 152, note), que, dès le mois d'août de la môme année, le roi de France négociait afin d'obtenir une trêve par l'entremise de la cour de Rome. 1. Probablement le même qu'un chevalier gallois appelé Gautier d^Es-