LA TRÊVE EST CONCLUE
satisfaction du roi de France et aussi des Français qui faisaient la guerre contre leur gré^ [-(4726].
En quittant le lieu de l'entrevue, le roi d'Angleterre manda Guillaume le Queu^ et ses routiers, et leur dit de serrer de près les garnisons des châteaux et de les empêcher de rien prendre en son fief hors des châteaux. Ils s'en acquittèrent si bien que les Français n^osaient pas prendre de l'eau à la fontaine hors de Baudemont^. Guillaume cependant percevait devant Gisors les redevances accoutumées, sans se soucier de la garnison du château [^-1744].
Ainsi resta la terre; mais Fortune, qui abat également les bons et les mauvais, ne voulut pas laisser longtemps les choses en cet état, et elle causa au monde une perte irréparable. Le roi Richard se rendit en Limousin, où le vicomte lui enlevait de vive force ses châteaux'*. Plût à Dieu que tous ceux qui lui
1. Nous ne possédons pas l'acte de cette trêve. Tout ce que nous en savions jusqu'ici, c'est qu elle devait durer cinq ans à partir de la Sainl- Hilaire (13 janvier) 1191), « rébus et tenemenlis sic se habentibus ex utraque parte ut lune erat » (Rog. de Howden, IV, 80). Elle fut approuvée par le pape Innocent, qui s'eflorça de la convertir en paix; voy. ses lettres du 26 mars 1199 (Migne, I, 553; Polthast, n" 645), du 30 mars (Migne, I, 554; Pottbasl, n* 651) et du l" avril (Migne, I, 552; Polthast, n» 653).
2. Guillaume le Queu était depuis longtemps au service du roi Richard. Celui-ci, par acte passé à Tours le 27 juin 1 190, lui avait concédé certains revenus à Niort (Teulet, Layettes du Trésor, n" 369). Parmi les témoins de cet acte figure Guillaume le Maréchal. C'est lui encore que Rog. de Howden (IV, 78) mentionne à l'année 1198, le qualifiant de « serviens Ricardi régis in custodiendo castellum de Leuns », et qui avait fait prisonniers quatre-vingts sergents à cheval et quarante sergents à pied du roi de France. Ce t castellum de Leuns » est Lyons-Ia-Forôt, arr. des Andelis. Nous savons d'ailleurs que Guillaume le Queu en était châtelain à cette époque (Stapleton, Magni rot- Scacc. Norm., II, ccxij, ccxiij). — Peu de temps après les événements ici rapportés, le roi Jean faisait à Guillaume le Queu concession en fief de ses revenus de Niort {Layettes du Trésor, n" 597; acte du 1" septembre 1200, où G. le Maréchal (igure encore comme témoin).
3. Beaudemont, dans le Dictionnaire de» postes, cant. d'Ecos, arr. des Andelis.
4. H y a dans le texte chasteals, que j'ai proposé dubitativement en note de remplacer par c/ia^e^ (v. 11755). C'est qu'en effet le motif de l'expédition où Richard devait trouver la mort n'était pas que le vicomte de
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en donnèrent le conseil eussent été écorchés vifs ! 11 alla assiéger Nontron' [^^59], mais il n'y fut pas longtemps, car un satan, un traître, ministre du diable^, lui décocha du haut du château un carreau envenimé, et blessa mortellement le meilleur prince du monde'. Je ne parlerai pas plus longtemps de sa mort, dont le monde souffre encore : le sujet est trop douloureux. Aussitôt qu'il se sentit frappé, il pensa quMl n'y survivrait pas. 11 flt envoyer au Maréchal ses lettres munies d'un sceau pendant, lui faisant connaître son état et le chargeant de garder la tour de Rouen et son trésor qui y était enfermé. Il enjoignit au messager d'être prudent et de ne faire connaître la nouvelle à personne, sinon à ceux vers qui il était envoyé. Le messager se rendit droit à Vaudreuil où se trouvait le Maréchal, avec d'autres hommes pour juger un débat entre Engeugier* de Bohon et sire Raoul d'Ardene [i i 799] ^. Le messager communiqua les nouvelles au Maré-
Limoges eût enlevé aucun château à son suzerain ; on sait qu'un trésor considérable ayant été trouvé dans la terre du vicomte, celui-ci s'était contenté d'en offrir une partie à Richard, gardant le reste pour lui, mais que le roi avait refusé, prétendant avoir le tout en sa qualité de seigneur (Rog. de Howden, IV, 82). Mais chatets ne s'appliquerait pas très bien à un trésor, et le verbe desforcer qui précède appelle plutôt chastels que chatels. Il est vraisemblable que le poète igoorait le motif de l'expédition du roi.
1. Nontron (Dordogne); le ms. porte Lautron ou Lauiren, l'identification est douteuse, Nontron était en latin Nantronum. Peut-être faudrait-il corriger la leçon du ms. en Lantron. Mais ce qui augmente la difficulté c'est que tous les historiens s'accordent à dire que Richard fut blessé mortellement devant Chàlus {Castrum Lucii, Rigord, § 126; Calax, Guill. Le Breton, § 98; Philippide, V, 495; Chaluz, Rog. de Howden, IV, 82; R. deDicet, II, 166).
2. Berlran de Gourdon selon Rog. de Howden (IV, 82), t Petrus Basilius » selon R. de Dicet (il, 166).
3. Richard reçut le coup dont il devait mourir le 26 mars; voy. les textes cités par Miss Norgate, Aiigevin Kings^ II, 382, n. 4.
4. Ce nom a été conservé par une paroisse qui appartenait à la famille de Bohon, La Chapelle-^B/vw^er (Manche, arr. de Saint-LÔ, cant. de Marigni), en-Juger, selon l'orthographe administrative.
5. Cette circonstance, en elle-même dénuée d'intérêt, nous permet de constater avec quelle exactitude le poète était renseigné. Nous possédons en effet l'accord qui mit fin au procès ici indiqué. Il fut passé à Vaudreuil, et est exactement daté du jour où le messager envoyé par Richard a pu arriver auprès du Maréchal, c'est-à-dire du 7 avril. Richard, blessé