IL EST ABANDONNÉ PAR LES POITEVINS
laume des Roches. Celui-ci le lui fil payer, en se tournant du côté du roi de France*. Il en coûta à Jean de ne l'avoir pas cru. C'est par Guillaume des Roches qu'il perdit plus tard l'Anjou, le Maine, le Poitou. Les Poitevins cajolèrent si bien le roi, lui promettant d^ètre avec lui et de le servir, qu'il consentit à prendre leurs fiances et leurs otages. Mais ils ne tinrent guère leurs promesses. Quand le roi accepta les sûretés et les otages de GeofTroi de Lusignan, il n'agit point sagement. Il se laissa enjôler par leurs paroles, si bien que tous les prisonniers furent délivrés, sauf Savari de Mauléon qu'il tint longtemps en sa prison * [^2544].
Quand les Poitevins furent délivrés, ils firent aussitôt ce qu'ils devaient faire. Et que devaient-ils faire? Tromper leur seigneur et s'attacher à des seigneuries étrangères. C'est ce qu'ils font toujours^ [12550]. Le roi se rendit en Normandie^ et il trouva sa terre en proie à la guerre. Les Français, nuit et jour, la ravageaient avec la connivence des tournés qui s'étaient ralliés à eux. Chose tournée est corrompue et propre à tout faire tourner. Par suite, les tournés doivent sentir le tourné. De cette corruption Dieu a si bien gardé les nôtres ^ que jamais il ne sera chanté une mauvaise chanson^ de tournée qu'ils aient faite [12568].
1. Le roi d'Angleterre avait commencé par lui enlever la dignité de sénéchal d'Anjou (voy. G. Dubois, Bibl. de VÉc. des chartes, XXXIV (1873), 513). Les circonstances qui amenèrent Guillaume des Roches à abandonner le parti du roi d'Angleterre ont été mises en pleine lumière, à l'aide du poème, par M. Beautemps-Beaupré dans la note citée plus haut, p. 167, n. 3.
2. c Longtemps » doit être entendu en un sens relatif, car Savari de Mauléon fut délivré en août 1204 (voy. Rot. litl. pat., I, 446). La liste de ses otages est insérée à l'année 1205 (tôid., 55 b). Bientôt, dès janvier 1206, il était sénéchal de Poitou {ihid., 58 a). — La Chronique des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre (Soc. de l'hist. de Fr.) fait, en termes différents, à peu près les mêmes observations que notre poète au sujet de Guillaume des Roches et des barons poitevins (p. 95-6).