‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 201 sur 404 · IL SE RÉFUGIE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

IL SE RÉFUGIE EN ANGLETERRE

revint à Rouen. Ce n'était pas le droit chemin, mais l'autre lui semblait dangereux, car il y eût rencontré ses ennemis [^2782].

Il séjourna peu à Rouen et annonça son intention d'aller en Angleterre pour demander conseil et aide à ses barons ; puis il reviendrait promptement. Mais, comme il emmenait avec lui la reine, beaucoup craignaient qu'il y restât trop longtemps. Il eut bientôt fait ses préparatifs, car il avait envoyé d^avance et en secret son charroi. De Rouen, il alla coucher à Bonneviile ^ , dans le château, non pas dans le village, car il redoutait une trahison [12800]. On l'avait, en effet, averti que la plupart de ses barons s'étaient engagés par serment à le livrer au roi de France. Il ne faisait pas semblant de le savoir, mais il se tenait éloigné d'eux. Il dit au Maréchal et à ceux en qui il avait le plus de confiance de se lever le matin avant le jour. Ainsi fut fait, et le roi était parti sans prendre congé, quand on le croyait encore endormi. Lorsqu'on s'aperçut de son départ, il était déjà à sept lieues de là. Il se rendit à Bayeux, par Gaen^, faisant ce jour-là plus de vingt lieues, et des lieues bessinaises, plus longues que les lieues françaises. Il se dirigea ensuite vers Barfleur^. Là, plusieurs de ceux qui l'avaient escorté prirent congé de lui '\ On voyait bien qu'il n'y avait pas à compter sur un prompt retour [12828].

Il débarqua à Portsmouth. Quand il fut arrivé en Angle-

1. Jean est à Rouen du 9 au 12 novembre ; le 12 et le 13 il est à Bonneviile (Bonneville-sur-Touque, cant. de Pont-l'Évôque); le 15 et le 16 à Caen.

2. Ici nous ne sommes plus d'accord avec l'itinéraire dressé par Th. D. Hardy. Il ne paraît pas que le roi se soit rendu directement à Bayeux. De Caen, où il séjourna le 15 et le 16 novembre, il alla au Plessis-Grimoull (arr. de Vire, cant. d'AuInay), où nous le trouvons le 18, puis le même jour à Domfront, où il séjourna jusqu'au 21 ; là, iJ se rendit à Vire, où sa présence est constatée du 21 au 23. C'est probablement du 24 au 25 qu'il passa par Bayeux, car aucun séjour n'est marqué dans l'itinéraire pour ces deux jours-là, et, à partir du 26 jusqu'au jour de son dépari pour l'Angleterre, nous le trouvons en Cotentin, à Montfarville, à Sainte- Mère- l'Église, de nouveau à Montfarville, puis à Gonneville, à Cherbourg, et enfin, le 5 décembre, à Barfleur.

3. Le roi Jean est à Barfleur le î) décembre et le 7 à Portsmouth.

4. De ce nombre ne fut pas le Maréchal : le roi l'emmena avec lui :

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terre, ses hommes le reçurent à grand honneur, comme il convenait. Mais je n'en dirai pas davantage présentement, car je ne sais pas bien la matière et je dois attendre qu'on me l'ait contée [^2838].

Il avait confié Rouen à Pierre de Préaux, et les autres châteaux à qui bon lui avait semblé. Mais il n'était pas en Angleterre depuis longtemps, quand les gardiens de ses châteaux lui mandèrent de Normandie qu'il eût à pourvoir à la défense de sa terre, car le roi de France prenait tous les châteaux où il venait. Il n'y avait pas de temps à perdre. Le roi envoya en Normandie Tarchevôque de Gantorbéry, le Maréchal et le comte Robert de Leicester* [-12857]. Ils arrivèrent à Rouen et de là se transportèrent au Bec, où ils trouvèrent le roi de France^. Ils lui exposèrent courtoisement leur message, mais le roi ne voulut consentir à rien de ce qu'ils lui demandaient et leur dit que ceux qui lui feraient hommage à un terme fixé tiendraient leur terre de lui. Par la suite, bien des larmes furent versées par ceux qui ne s^étaient pas décidés à temps. Quand le comte de Leicester et le Maréchal

c Puis passa mer et vint en Angleterre, et enmena o lui Bauduin de c Biethune, qui cuens estoit d'Aubemalle, et Guillaume le Mareschal, qui c cuens estoit de Pembourc : ces deus amoit il moût et creoit, car il « estoi[enlt preudome » {Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 97).

1. Robert, quatrième comte de Leicester depuis 1191 et appelé du vivant de son père Robert de Breteuil (Ben. Peterb., II, 156), combattit contre Philippe-Auguste en 1 194 et fut fait prisonnier (Rog. de Howden, III, 253-4 ; Rigord, g 97). Il dut, pour recouvrer sa liberté, payer une forte rançon et abandonner au roi son château de Paci-sur-Eure (Rog. de Howden, III, 278, IV, 5 ; Delisle, Catal. des actes de Ph.-Aug., n" 466 à 473 ; Stapleton, Magni rot. scacc. Norm., I, cxlij). Il avait encore d'autres biens en Normandie qui furent conûsqués par Philippe-Auguste après la conquête de cette province (Delisle, Gâtai, des actes de Ph-Aug., n' 887). Il mourut en 1204, probablement le 20 octobre (Bémont, Simon de Mont fort, comte de Leicester, p. 2, note 3). On trouvera quelques autres détails sur ce personnage dans G. W. Watson, The ancient earls of Leicester, mémoire publié dans The Genealogist, année 1894.

2. Cette ambassade est placée en avril 1204 par R. de Coggeshall (éd. Stevenson, p. 144). Pendant les mois d'avril et de mai le comte de Leicester et le Maréchal ne figurent comme témoins sur aucun acte royal. On verra à la note suivante que le Maréchal traita avec le roi de France dans la seconde quinzaine de mai.

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