LE MARÉCHAL REFUSE D'ACCOMPAGNER
« terre. — Par Dieu, » reprit le roi, « il n'en est rien. Je o vous en donne le démenti et je veux en avoir jugement de a mes barons. — Je ne refuse pas le jugement, sire; au con- Œ traire, je le désire, car je ne fus onques déloyal, et c^est mal « se défendre que de décliner un jugement loyal. » Par suite, le Maréchal fut longtemps mal vu du roi, sans avoir rien fait pour le mériter [13090].
Peu après, le roi fit convoquer son armée. Ses hommes se rassemblèrent à Portsmouth pour aller en Poitou ^ L'archevêque [de Gantorbéry] se réjouit de voir la mine que le roi faisait au Maréchal, car il était jaloux de lui. Il advint un jour que le roi, accompagné d'une suite nombreuse, se rendit au havre et s^assit devant la grande mer 2. Puis il fît venir le Maréchal et lui demanda pourquoi il avait fait alliance contre lui avec le roi de France. Le xMaréchal fit la même réponse que devant, et le roi lui infligea le même démenti. Le Maréchal ôta son chapeau et dit : « Sire, je vous dis encore que j'ai agi avec voire permis- « sion. » — Et le roi dit : « Je vous en donne le démenti ; mais a je prendrai encore patience ; vous viendrez avec moi en Poi- « tou, c'est ma volonté, pour reconquérir mon héritage contre a le roi de France, à qui vous fîtes hommage. — Ah ! sire, » s'écria le Maréchal, « grâce pour Dieu ! ce serait mal, puisque a je suis son homme. — Or, entendez, seigneurs, » dit le roi, « voilà une parole qu'il ne démentira pas. Vous voyez se découa vrir son œuvre, puisqu'il dit qu'il est homme du roi de France a et qu'il ne me suivra pas! — Sire, je ne fus jamais faux-, « et il n'y a si vaillant homme en votre terre contre qui je ne « sois prêt à me défendre, s'il voulait prouver que j'aie jamais a mal agi envers vous. — Par les dents de Dieu ! ce que vous « dites ne signifie rien. Je veux un jugement rendu par mes
1. Au commeacement de juin 1205. Pendant les quinze premiers jours de ce mois, le roi séjourna soit à Portsmoulh, soit dans les environs. Mathieu de Paris {Chron. maj., II, 494) place la préparation de l'expédition projetée (mais non accomplie) vers les ides de juillet. Sir Th. D. Hardy propose avec raison de substituer juin à juillet (RoL litt. pat.., I, xlvj).
2. Le poète ne savait pas qu'à Portsmouth on ne peut avoir devant soi la grande mer, dont on est séparé par Plie de Wight.