J LE ROI JEAN EN POITOU
a barons. — Je ne refuse pas et n'ai jamais refusé le jugement; a je suis prêt à Pentendre. » Alors il releva la tête, et, mettant son doigt à son front, il dit : « Seigneurs, regardez-moi. Je a suis pour vous tous un exemple. Faites attention au roi : ce a qu'il pense faire de moi, il vous le fera à tous, et pis encore s'il a le peut » [^13474]. Le roi s'irrita de plus en plus et jura qu'il voulait avoir jugement des barons présents. Ceux-ci se regardèrent les uns les autres et se retirèrent en arrière. « C'est « assez, » dit le roi. « Par les dents de Dieu! je vois bien « qu'aucun de mes barons n'est avec moi. Je sais à quoi m'en « tenir. Je m'entretiendrai en particulier de cette trahison avec a mes bacheliers^ » [^3^90].
Le roi s'éloigna et se tint à part. Le Maréchal, affligé, se leva pour prendre conseil au sujet de cette affaire. Mais je vous dis en vérité qu'il n'y eut baron assez hardi pour venir lui parler, sauf Henri Fils Gerout^ et Jean d'Erlée. Le roi le remarqua et dit : a Les choses vont à mon gré. Voilà le Maréchal richement « accompagné! De tous ceux qu'il avait coutume d'avoir à son « conseil », il n'a plus que Henri Fils Gerout et Jean le a Rogneux"*. Maintenant, seigneurs bacheliers, dites-moi, sans « tarder, votre avis sur cette affaire. » H y en eut qui dirent : « Comment un homme qui refuse en pareille circonstance de « venir avec vous peut-il encore tenir terre de vous? Nous a disons quMl ne le peut pas. l\ n'y a pas d'excuse possible. » Et Jean de Bassingbourn^ [-13229] dit : « Quiconque fait défaut « à son seigneur ne peut plus tenir terre. » Alors le bon Bau-
1 . Les c bachelers » du roi étaient des jeunes gens non encore parvenus à la dignité de chevalier, n'ayant point de terres, étant par conséquent bien plus dans la dépendance du roi que ses barons. Il n'y a aucun moyen de rendre cette signification en français moderne; c'est pourquoi je conserve le mot du texte en lui donnant la forme actuelle.
2. Henri Fils Gerout était un des chevaliers du roi. Il figure comme témoin en des actes de 1200, 1212 {liot. chart., I, 39 o, 186 a, 188 a). Il accompagna le roi dans son expédition d'Irlande en 1210 [Rotuli de libérale, 184, 187, 203, 217, 226). C'était l'un des fidèles du Maréchal qui l'eut auprès de lui à ses derniers moments (v. 17916).