‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 214 sur 404 · LE ROI LE RAPPELLE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LE ROI LE RAPPELLE EN ANGLETERRE

ne point envoyer son fils. Le Maréchal fut d'un avis contraire, et, prenant Thomas par la main, il lui dit : « Sire, j'enverrai a de bon gré tous mes enfants au roi s'il le désire. Mais, pour « Pamour de Dieu, qu'a-t-il contre moi? » Sire Thomas répondit que le roi ne désirait rien tant que l'empêcher d'aller en Irlande, et qu'il ne lui en avait donné la permission qu'à contre-cœur. — « Par Dieu ! » dit le Maréchal, « bon gré mal a gré, j'irai en Irlande, puisqu'il m'en a donné la permission. » Et, dès le lendemain, ayant envoyé au roi son fils Richard, il s'embarqua [13420]. Quand il fut en sa terre, la plupart de ses hommes l'accueillirent à grand honneur, mais il y eut tels qui furent affligés de sa venue. En ce temps, l'office de justice royal d'Irlande était tenu par Meilier\ l'un de ses hommes; celui-là fut très contrarié de la venue de son seigneur. Il manda au roi que, s'il permettait au Maréchal de résider longtemps en Irlande, ce serait à son détriment. Le roi envoya au Maréchal l'ordre de venir en Angleterre et d'amener avec lui Meilier [13446].

Le Maréchal prit sur cette affaire le conseil de ses hommes, qui lui firent part de leurs craintes. Ils pensaient que le roi le mandait pour son mal plutôt que pour son bien. Le Maréchal était bien convaincu que, lui parti, il y aurait discorde et guerre entre ses gens. Il confia à Jourdain de Sauqueville ^ la garde

1. Meilier (dans les documents latins MeUerius, Meilerus, Maylerus filius Henrici) était le flls d'un certain c Henricus filius Régis, » dont la mère était Nesta, fille de Rhys ab Tewdur, prince de la Galle du Sud, et dont le père était le roi Henri P' (Giraud de Barri, Opéra, I, 58; cf. V, c et cj). Il fut au nombre des aventuriers normands ou anglais qui, en 1169, s'établirent de vive force en Irlande. Giraud de Barri le représente comme un homme brave et entreprenant, mais ambitieux et cherchant à se faire valoir {Expugn. Hib., I, iv). Il est, i\ maintes reprises, célébré pour sa vaillance dans le poème de Dermot (éd. Orpen, vv. 765, 1945-8, 2001-4, 3424 et suiv.). Il fut nommé grand juge d'Irlande vers octobre 1200 {Hot. chart., I, 98 6/ Calendar of doc. rel. to Ireland, n" 133) et resta en fondions jusqu'en 1208. Il mourut en 1220 (Orpen, note sur le v. 447 du Song of Dermot). On n'avait jusqu'à présent aucune information sur sa lutte contre le Maréchal.

2. Ce chevalier tirait" son nom de Sauqueville (cant. d'Offranville, arr. de Dieppe). Il y avait un cha|)itre dans lequel, selon un acte de 1201, émané de Gautier, archevêque de Rouen, Jourdain de Sau(|uevillc avait fondé deux prébendes (Toussaints Duplessis, Description de la Haute-

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