‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 220 sur 404 · LE MARÉCHAL FORCÉ DE RESTER EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL FORCÉ DE RESTER EN ANGLETERRE

cents sergents et mille hommes de pied. Je ne veux pas raconter leurs exploits : qu'il suffise de dire qu'ils firent à Meilier ce que celui-ci aurait voulu faire au Maréchal, car ils dévastèrent ses terres [13786].

Le Maréchal cependant parcourait l'Angleterre en tous les sens à la suite du roi Ml ne savait rien du tort que Meilier lui causait, ni le roi non plus. Le roi lui faisait très mauvaise mine, à l'étonnement de toute la cour, et par suite personne n'osait lui parler. Un jour, le roi sortait de Guildford^; il appela à lui le Maréchal qui marchait à sa suite et lui dit : « Maréchal, a avez- vous de bonnes nouvelles d'Irlande? — Non, sire, » répondit le Maréchal. — « Je vous en donnerai, » reprit le roi en riant. « La comtesse était à Kilkenni [13810]. Jean d'Erlée « sortit, au bruit d'une mêlée, avec Etienne d'Évreux et tous a les chevaliers de la garnison, de sorte qu'il n'y resta que des « sergents. Lorsqu'ils se furent éloignés d'environ deux lieues, « Meilier survint et assiégea la comtesse. Celle-ci, se voyant en « danger d'être prise, fit descendre un homme par les créneaux « pour annoncer à Jean d'Erlée qu'elle était assiégée dans Kil- « kenni [1 3827]. Il était près de nuit. Jean d'Erlée et les siens cou- « chèrent à Odo^, et le lendemain, de bon matin, ils s'armèrent a et allèrent combattre Meilier, qui fut pris avec plusieurs de a ses chevaliers. Etienne d'Evreux fut tué et Raoul Fils Paien « aussi, et Jean d'Erlée fut blessé, m'a-t-on dit, et mourut le « jour même; toutefois, l'honneur du combat vous est resté. »

1. Il suffit de jeter un coup d'œil sur l'itinéraire dressé par D. Hardy pour voir que le roi Jean passait rarement plus de huit jours consécutifs dans le même endroit.

2. Vers cette époque, le roi séjourna deux fois à Guildford : le 27 et le 28 décembre 1207, et du 25 au 27 janvier de l'année suivante. Le Maréchal fut témoin à un acte passé dans cette ville le 25 janvier 1208 {Rot. c/i., I, 175 a). Ensuite on le voit paraître comme témoin en plusieurs actes du 6 au 20 mars, à Bristol, à Luggershall, à Marlborough, à Clarendon {Rot. litt. pat., I, 19 b; Ilot, ch., I, 175 b, 176 a).

3. Odo^ V. 13833 ; Odoth dans le poème sur la conquête de l'Irlande, v. 2051, maintenant Idouch, au nord-ouest de Kilkenni.

4. Prenlegast, dans le texte, mais Pendergast ou Pendregast dans le poème sur la conquête de l'Irlande {passim). L'éditeur de ce poème, M. Orpen, remarque {The Hong of Dermot, p. 265, note sur le v. 455) que

192 IL APPREND QUE SES HOBiMES ONT VAINCU MEILIER. [1208

Le Maréchal répondit : « Certes, beau sire, c'est grand dom- « mage des chevaliers. Us étaient vos hommes, et celte affaire « est d'autant plus regrettable. — J'en penserai, » dit le roi [^3852].

Le Maréchal se retira. Il réfléchit longuement et s'étonna que tout cela fût arrivé sans qu'il en eût été informé. Le carême vint avant qu'on pût passer d'Irlande en Angleterre. Quand enfin la traversée devint possible, le roi reçut les nouvelles et apprit que son juge, vaincu et fait prisonnier, avait été obligé de faire la paix avec la comtesse et ses gens et de donner en otage son fils pour sauver sa terre, que Philippe de Prendergast, se soumettant au jugement de la cour, avait donné son fils en otage*, et que les autres avaient fait de même, donnant fils ou frère en otage. Le roi fut très affligé de ces nouvelles. Le Maréchal, qui les reçut en même temps, en fut au contraire très joyeux, et il en rendit grâce à Dieu. Il se présenta au roi, sans faire paraître en rien qu'il eût reçu d'aussi bonnes nouvelles. Le roi l'appela, et, dissimulant ses sentiments, il lui fil meilleure mine qu'avant. Puis il lui demanda s'il avait reçu des nouvelles d'Irlande [43908]. — « Non, sire, » dit le Maréchal. — « Eh bien! je vous en donnerai, et de bonnes, car « je veux que vous en ayez joie. La comtesse et vos gens vont a bien. » El il lui conla point par point le succès de ses hommes. Le Maréchal écouta, tout comme s'il n'avait rien su. Puis il répondit sagement et avec mesure : « Sire, j'en remercie Dieu-, « mais je ne croyais pas avoir d'ennemi en Irlande le jour que

Prendergast est le nom d'un faubourg de Haverfordwest, comté de Pembroke. Giraud de Barri {Opéra, V, 231) écrit Prendelgast. Philippe de Prendergast, iils de Maurice de Prendergast, l'un des aventuriers anglais qui s'établirent en Irlande sous Henri II, avait des terres dans le Kinsellagh {The Song of Dermot, v. 2826). Il épousa une tille de Robert de Quency {ibid., v. 2819 ; cf. la note, p. 299). On trouvera, dans le Calendar of doc. rel. to Ireland, un grand nombre d'actes le concernant ou dans lesquels il figure comme témoin, de 1207 à 1221, sous les n" 329, 339, 340, 342-5, etc.

1. Philippe de Prendergast avait deux fils, Gerold et David, qui furent, l'un après l'autre, otages de Guillaume le Maréchal, mais plus tard (1214- 1215), et, à ce qu'il semble, en d'autres circonstances que celles dont il est ici question {Rot. lilt. pat., 1, 123 a, 144 a).

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