IL SE REND EN ANGLETERRE AUPRÈS DE PATRICE
tagne ou en Normandie S ou partout où on fait des tournois. Voilà comme il faut faire quand on veut acquérir le prix des armes. Le Maréchal sut reconnaître que le Chambellan avait raison [4550].
Il eut bon vent pour passer la mer. 11 traversa Surrey et le Hampshire et demanda des nouvelles du bon comte de Salisbury. On lui apprit qu'il était à Saiisbury, de retour de la cour. Il se rendit auprès de lui et fut bien accueilli parce qu'il était homme vaillant et fils de sa sœur. Je ne sais combien il y séjourna, mais le roi Henri se hâta de traverser la mer, parce que les Poitevins s'étaient révoltés contre lui et ravageaient sa terre, détruisant tout ce qu'ils trouvaient en dehors des châteaux 2. De tout temps, les Poitevins furent rebelles envers leurs seigneurs : on le voit encore de nos jours^ [-1580].
Le roi manda par brefs ses comtes, ses vicomtes, ses barons,
1 . La Normandie était le pays où les joutes et les tournois étaient le plus en honneur :
Ce dient cil de Normendie
Que si bêle chevalerie
N'a el siècle que de jouster.
{L'Aire périlleux, v. 2149-51, dans Archiv f. d. Studium d. neueren Sprachen, XLII, 168.)
2. La succession des événements est ici entièrement intervertie. C'est en janvier 1168 que Henri II marcha contre les Poitevins (Eylon, Court, household and itinerary of Henry II, p. 112). Quant à la question de savoir s'il traversa la mer à cet effet ou s'il était déjà sur le continent, voy. ci-après, p. 25, note 1.
3. Plus loin encore (vv. 12545 et suiv.) le poète insiste sur cette idée. Les Poitevins avaient au moyen âge la réputation d'être peu fidèles à leurs seigneurs. J'ai réuni à ce propos dans une note des Notices et Extraits des manuscrits (XXXIV, {"* partie, p. 222) un cerUin nombre de témoignages. En voici d'autres. Guillaume Le Breton {PhiL, VI, 358) :
At Picti, quibus est lidei mulatio semper.
Grata comes
et ailleurs (VllI, 451) :
Nec Plctos conslringit amor nec Protea nexus. Voir aussi Raoul de Houdenc, Songe d'enfer, vv. 62-88 {Scheler, Trouvères belges, II, 78-9).
Lorsque le poète dit qu'encore à l'heure actuelle on est témoin du manque de foi des Poitevins, il fait peut-être allusion à la reddition de la Rochelle au roi de France, en 1224, qui faisait dire à Mathieu de Paris : « 0 innata Piclavensibus proditio! » {Chron. maj., éd. Luard, III, 84).