H 68] IL ACCOMPAGNE PATRICE EN POITOU
ses châtelains et leur confia la garde de sa terre. Ceux-ci lui furent fidèles. Il partit, emmenant avec lui sa femme et des barons choisis, entre lesquels le comte Patrice. Ce fut grand deuil et grand dommage. Le lignage du comte en pleure encore. Guillaume le Maréchal suivit son oncle qui le chérissait et repassa la mer avec lui [4600].
Le roi débarqua àBarfleur^ en Normandie, se rendit à Gaen, à Lisieux, à Rouen, puis, en traversant le Maine et l'Anjou, il arriva en Poitou pour y poursuivre ses ennemis qui lui avaient pris et dévasté sa terre. Il mit la reine sous la garde du comte Patrice et des siens. Le comte accepta; mais il n'avait pas de sauf-conduit. Les Poitevins lui tendirent un guet-apens. Geoffroi de Lusignan était le sire de cette race qui jamais ne consentit à garder foi ni hommage à aucun seigneur ni à supporter aucun joug. Toujours il y eut du poil du loup ^ [i 268]. Quand le comte Patrice vit la troupe de Geoffroi armée, tandis que ses hommes étaient sans armes ^, il comprit que la partie n'était pas égale. Pourtant il ne voulut pas fuir. Il envoya la reine au château '' et demanda son chevaF; mais celui-ci était trop loin : il ne put ni ravoir quand il en avait tant besoin ni être armé à temps. Désarmé, il leur courait sus, monté sur son palefroi, quand son cheval arriva. Ses compagnons ne le suivirent pas, car ils étaient en train de s'armer. C'est chose trop pénible à conter. Comme il montait sur son cheval, avant qu'il fût bien assis entre les arçons, un traître, un assassin, le frappa d'un épieu par derrière à travers le corps. 11 mourut sur place, pour le malheur des siens ^ [4652].
1. Barfleur, arr. de Valognes, petit port de mer à l'extrémité orientale du Cotentin. — On n'a d'ailleurs aucune preuve que le roi Henri II soit venu d'Angleterre au moment de l'insurrection des Poitevins. D'après les données historiques connues jusqu'à ce jour, le roi aurait séjourné sur le continent depuis le mois de mars 1166; la reine toutefois serait venue le rejoindre à la fin de 1167, voy. Eyton, Court, household and itinerary of Henry II, p. 92, 112.