Î6 LE COMTE PATRICE TUÉ PAR LES POITEVINS
Quand le Maréchal vit tomber son oncle, il pensa perdre le sens, de n'avoir pu être à temps sur celui qui avait tué le comte. Armé seulement d'un haubert^ il courut sus; d'un épieu il frappa le premier qu'il rencontra et le porta à terre. Jamais lion affamé ne fut plus acharné à sa proie. Tous ceux qu'il rencontre devant lui, il les met à honte. 11 eût tiré de la mort du comte une vengeance éclatante, mais ils Tattaquèrent avec leurs épieux, tuant son cheval sous lui. Une fois à terre, il ne perdit pas courage : comme il n'avait plus mo^en de leur échapper, ils se mirent plus de soixante sur lui, cherchant à le prendre. Mais lui, ne s'eiïrayanl pas, s'adossa à une haie,
f chœ, dolo Pictavensium, » nous dit Robert de Torigni (éd. Déllsle, II, 5), c'est-à-dire vers le 7 avril de cette année (le 27 mars, selon Eyton, p. 113). Nous savons aussi par le même historien que le roi Henri avait en effet laissé la reine Éléonore sous la garde du comte de Salisbury (ibid., 4). Mais il est beaucoup moins sûr que Geoffroi de Lusignan ait pris part au meurtre, comme notre auteur semble l'insinuer ici. On vient de voir que Robert de Torigni incrimine en général les Poitevins; Gervais de Cantorbery (éd. Stubbs, I, 205; Bouquet, XIII, 130 b) n'en dit pas plus : « Comes Patricius Saresberiensis..., a Pictavensibus occisus est, qui a < rege Anglorum defecerunt; » Raoul de Dicet (éd. Stubbs, I, 331 ; Bouquet, XIII, 187 d) est encore plus vague : « Comes Patricius in Aquilania, princeps roilitiai régis Anglorum, lancea confossus obiit. » Deux historiens, Roger de Howden et Benoit de Peterborough, imputent le meurtre de Patrice non pas, comme ici, à Geoffroi de Lusignan, mais à son frère Gui, celui qui, plus tard, fut roi de Jérusalem. Roger : c Eodem anno Gwido de Leszennan inlerfecit Patricium comitem Salesbiriensem redeuntem in peregrinatione a Sancto Jacobo u (éd. Stubbs, I, 273 ; Bouquet, XIII, 208 c). On ne voit pas comment Patrice aurait pu se rendre à Saint- Jacques de Compostelle au moment où la garde de la reine venait de lui être confiée. Benoit mentionne le meurtre à l'année 1185, à propos de Baudouin le Lépreux, roi de Jérusalem, et l'attribue non pas à Geffroi, mais à son frère Gui : t Praedictus rex leprosus multos habebat secum milites, inter quos erat quidam miles nomine Gwido de Lezinan, frater Gaufridi de Lezinan, qui (Gwido) Patricium comitem Salesbiriensem, teropore hostilitatis quœ erat inter regem Anglia) et suos in Pictavia, occiderat » (éd. Stubbs, I, 3'i3). — Remarquons du reste que le poète ne dit pas que Geoffroi ait été le meurtrier de Patrice : il lui laisse cependant une certaine part de responsabilité en le plaçant à la tête de la trou|)e de Poitevins qui surprit Patrice. Plus loin (v. 6458), il place dans la bouche de Geoffroi une déclaration dont le sens est que le Maréchal se trompe en le considérant comme le meurtrier de son oncle. 1. C'est-à-dire n'ayant pas le heaume.