‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 272 sur 404 · FAUKES DE BRÉAUTÉ ATTAQUE ET EST REPOUSSÉ · texte numérisé non relu

FAUKES DE BRÉAUTÉ ATTAQUE ET EST REPOUSSÉ

trée par où ses gens entreraient ^ Quand les gens de Faukes entendirent ces paroles, ils envahirent la ville, mais ils furent laidement repoussés par ceux du dedans^ [16540].

L'évêquc dit au Maréchal : « Ils n'ont pas trouvé l'entrée non a défendue à laquelle je pensais. Il y a là une brèche que l'ena nemi ne connaît pas. Venez, je vous y mènerai. — Par le a glaive Dieu! ça mon heaume, » répondit le Maréchal. « Sire, » reprit l'évêque, « il ne faut pas donner l'assaut si précipitama ment, mais souffrez que deux hommes de chacune de nos « batailles aillent reconnaître les abords de la tour, et nous agi- « rons selon leur rapport » [16566].

Le Maréchal y consentit et se mit en marche. L'évêque de Winchester choisit dix hommes, deux par bataille, avec lesquels il alla reconnaître. Ils rencontrèrent en chemin les sergents qui avaient lâché pied honteusement ^ et les maltraitèrent. Le Maréchal cria aux siens : « Chargez ! ils seront bientôt vaincus.

peut pas s'agir d'une porte du château, puîsqu'au moment on l'évêque fait cette découverte il est déjà hors du château. C'était donc une porte pratiquée dans un des murs de la cité. Mais nous ne voyons pas qu'il y eût entre le château et la cité d'autre mur que celui du château. Il pouvait bien y avoir un mur devant la cathédrale, en face la porte orientale du château, et autour du palais épiscopal, situé au sud de la cathédrale, et il semble en effet, d'après ce qui suit (v. 16528 et suiv.), que la porte débloquée donnait accès à ce palais, mais on ne s'explique pas comment les Royaux auraient pu, sans être inquiétés, y percer une ouverture. La difficulté est la même si on suppose que la porte murée était pratiquée dans le mur occidental de la ville basse, au pied du château, et, de plus, on ne voit pas quel avantage les Royaux auraient eu à conduire leur attaque de ce côté.

1. Ces paroles donneraient à croire que la porte murée était pratiquée dans le mur du palais épiscopal.

2. L'attaque dirigée par Faukes de Bréauté est contée par Rog. de Wendover (II, 215-6) avec plus de détails. Ayant pénétré dans le château avec les arbalétriers, il fit de là pleuvoir une grêle de traits sur les Français ; puis il fit une sortie dans la ville : entouré par des troupes supérieures en nombre, il fut fait prisonnier, mais, peu après, les arbalétriers réussirent à le délivrer. Pendant ce temps, le reste de l'armée royale pénétrait par la porte du nord. Si les choses se sont ainsi passées, l'attaque dirigée par Faukes, bien qu'ayant été repoussée, servit du moins à créer une diversion utile.

3. Sans doute ceux que conduisait Faukes de Bréauté (voy. plus haut).

4. Il y a probablement ici une lacune (voy. la note du v. 16576).

1217] LE MARal ET LES SIENS CHARGENT IMPÉTUEUSEMENT. 235

« Honni soit qui tardera plus. » L^évêque lui dit : « Sire, attena dez vos hommes. Il est plus sur d'y aller tous ensemble ; nos « ennemis nous craindront davantage. » Le Maréchal ne voulut pas l'entendre. Plus vif qu'un émerillon, il éperonna son cheval, et tous ceux qui étaient avec lui s'enhardirent à sa vue. 11 fallut qu'un valet lui Ht apercevoir qu'il n'avait pas son heaume. Il dit au jeune Maréchal : « Attendez-moi ici jusqu'à ce que « j'aie pris mon heaume » [16604].

Quand il eut la tête armée, il parut beau entre tous et léger comme un oiseau. Il éperonna le cheval. Un lion affamé n'est pas plus rapide à fondre sur sa proie que le Maréchal lorsqu'il courut sur ses ennemis. Il pénétra dans la presse à la profondeur de trois lances, dispersant ses adversaires et les mettant en déroute. L'évêque le suivait, criant : « Ça! Dieu aide au « Maréchal ^ ! » J'oubliais de vous dire qu'à l'arrivée des nôtres Je plus habile de ceux qui manœuvraient les pierrières de l'ennemi fut tué. C'était celui qui tirait sur la tour. Voyant arriver nos chevaliers, il crut que c'étaient les hommes de son parti. Son animation redoubla ; il mit une pierre dans la pierrière, et, comme il disait é-l ils lui coupèrent la tête [16642].

Le jeune Maréchal fît bien paraître qu'il ne voulait pas rester en arrière, car sa bannière se montrait toujours au premier rang. Il était entré dans la cité par la brèche au moment où le Maréchal faisait lacer son heaume. Ceux de la ville étaient plus nombreux que les assaillants, mais il les chargea si énergiquement qu'en peu de temps beaucoup d'entre eux furent abattus. Avant la Qn de la lutte, les Français eurent le dessous. Le Maréchal père et son fils les mirent par force en retraite. Le premier, accompagné du comte de Salisbury (à qui Dieu octroie pardon de ses péchés^!), tourna à droite, laissant à gauche un moutier*. Ils trouvèrent là une grande partie des Français très

1. C'était, semble-t-il, le cri de guerre du Maréchal; cf., plus haut, ▼V. 5862, 6226.

ï. Le cri qu'il poussait en tendant sa machine.

3. Ce vœu semble indiquer qu'au moment où le poète composait, Guillaume Longuépée était récemment décédé. Or, il mourut au commencement de l'année 1226 (Rog. de Wcndovcr, II, 297 ; Math, de Paris, III, 104).

4. Ce moutier, dont il sera de nouveau question plus loin, ne peut être que la cathédrale située tout près du château.

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