LE COMTE DU PERCHE EST TUÉ
effrayés. L'un d'eux, Robert de Ropelai^ brisa sa lance contre le comte de Salisbury [46694], mais le Maréchal lui donna un tel coup entre les épaules qu'il faillit l'abattre. Robert se laissa glisser de son cheval et s'alla cacher. Continuant leur chemin, ils trouvèrent le comte du Perche, qui, entouré de ses gens, se défendait devant le moutier [46709].
Il y eut là beaucoup de gens blessés, contusionnés ou faits prisonniers. Plusieurs des nôtres aussi furent maltraités, car personne ne songeait à se rendre à merci; tous voulaient la bataille. Le comte du Perche fit maint exploit. Le Maréchal vit que les Français faisaient reculer ses gens du haut en bas de la colline; il s'avança vers le comte et prit son cheval par le frein. Mais, à ce moment, il était déjà blessé mortellement d'un coup d epieu dont sire Reinal Croc ^ l'avait frappé par l'œillère [4 6740]. Il saisit cependant à deux mains son épée et en porta trois coups au Maréchal, qui en garda la marque sur son heaume. Mais, aussitôt après, il chancela et tomba de son cheval. Quand le Maréchal le vit tomber, il crut qu'il avait simplement perdu connaissance et donna ordre à Guillaume de Montigni ^ de lui ôter son heaume. Quant ce fut fait, on vit qu'il était mort^. Ce fut grande douleur qu'il mourut ainsi [46768].
1. Ropley, Hampshire? Un « Robertus de Roppelé » figure, en 1214, parmi les témoins de la charte du roi Jean relative à la trêve conclue avec Philippe-Auguste, en septembre 1214 (Teulet, Layettes du Trésor des chartes, I, 406 b). On a beaucoup d'actes le concernant ; voir la table des Rot. lut. claus., I. Il est mentionné par Rog. de Wendover (II, 217; cf. Math, de Paris, III, 22) au nombre des prisonniers faits à Lincoln. Il avait pourtant été un des fidèles de Jean, car il figure au nombre des conseillers de ce prince dans le préambule de la Grande charte.
2. Il n'est dit nulle part ailleurs que l'auteur de la mort du comte ait été ce Reinal Croc. Mais le même personnage est mentionné par Rog. de "Wendover comme l'un des deux seuls combattants de l'armée royale qui aient succombé dans cette bataille : c Reginaldus etiam cognomento Cro- < eus, miles de farailia Fulcasii (Faukes de Bréauté), vir strenuus, ibi « interfectus est et apud abbatiam de Crocstune honorifîce sepaltus » (Rog. de Wendover, II, 217 ; cf. Math, de Paris, III, 23).
3. Il y a plusieurs lieux du nom de Montigni dans le Calvados. Il s'agit probablement ici de Guillaume de Montigni, fils de Richard, qui figure dans les Magni rot. scacc. Norm. (Stapleton, II, 130).
4. Le poète ajoute (16766-7) que le comte du Perche mourut lorsqu'on lui retira la lame de l'œil. Mais cette assertion est en contradiction avec