‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 29 sur 404 · LE MARÉCHAL BLESSÉ ET PRISONNIER · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL BLESSÉ ET PRISONNIER

de façon à n'avoir à se garder que par devant, et il leur dit : « Vienne avant qui voudra essayer sa force ! » Chacun s'efforce de le tuer ou de le prendre, et lui plus encore de se défendre. Il flt si bien qu'il tua six de leurs chevaux [^690].

Il y eut grande bataille devant Guillaume, qui leur tenait tête comme le sanglier aux chiens. On ne fût pas arrivé à le prendre, si un chevalier n'eût franchi la haie et ne l'eût frappé par derrière, au travers de la haie, d'un épieu à la cuisse. Alors ils s'emparèrent de sa personne, et, s'ils avaient su qui il était, le moins qu'ils lui eussent fait eût été de le tuer. Le sang jaillit avec force lorsqu'on eut retiré l'épieu de la blessure. La terre en fut ensanglantée au point qu'on pouvait le suivre à la trace. On le mdTita sur une jument qui allait le trot. Ceux qui l'avaient pris étaient de si méchantes gens qu'ils se souciaient peu de ses aises. Au contraire, ils préféraient qu'il souffrît. Pourquoi? Pour qu'il fût plus disposé à se racheter. Voilà comme sont traités les prisonniers quand ils sont tombés en mauvaises mains. N'ayant pas de quoi bander ses plaies, il prit les cordons de ses braies et s'en banda comme il put. Il se procura un peu d'étoupe pour panser ses plaies. Mais ses braies furent bientôt remplies de sang, et, personne ne venant à son aide, il lui fallut les laver [4737].

Personne ne s'occupait de lui. Ceux qui l'avaient fait prisonnier le menaient à sauts et à cahots par des pays couverts, comme gens défiants, car, là où ils passaient la nuit, ils n'avaient pas de sauf-conduit, et dès Taube ils repartaient sans retard. Ils savaient bien que, si le roi avait pu les prendre, tout Tordu monde ne l'aurait pas empêché de les justicier. Une nuit qu'ils étaient logés chez un de leurs meilleurs amis, une dame regarda Guillaume et demanda qui il était. On lui conta la mésaventure du comte Patrice, et on lui dit que la chose dont le blessé avait le plus besoin c'était des étoupes pour ses plaies. La dame prit un pain, en enleva la mie, le remplit de bonnes étoupes de lin et le lui envoya. Guillaume dut alors faire le chirurgien, car Hippocrate etGalien, (jui surent faire de bons emplâtres, ne lui vinrent point en aide [nt)2].

Une nuit, ceux qui le menaient ainsi de lieu en lieu s'étaient réfugiés en un endroit où étaient réunis beaucoup de chevaliers

Page 1