LE MARÉCHAL SE REND VERS LA MER
toute la France pour avoir des secours en hommes et en argent. Elle 8*y employa si énergiquement que, si tous ceux qu'elle avait assemblés étaient venus en armes à Londres, ils auraient conquis tout le royaume [47^24].
Le Maréchal fut 1res perplexe. Le roi était jeune et sans argent. Le plus grand nombre des seigneurs avaient pris parti pour Louis. Enfln, les barons les plus éminents de France arrivaient pour conquérir la terre. C'étaient sire Robert de Gourtenai^ sire Raoul de la Tournelle^, Guillaume des Barres. Il y avait aussi Eustache le Moine, qui ne fut jamais en retard pour mal faire ^. Il avait pris le commandement de la flotte, mais ce
déploya une grande activité pour venir en aide à son époux ; voy. R. de Wend., II, 221 ; Hist. des ducs de Norm., p. 198, et les curieuses paroles que lui prête le Ménestrel de Reiras, éd. N. de Wailly, g 301. Cf. E. Berger, Hist. de Blanche de CastiUe, p. 28.
1. Robert de Courtenai, seigneur de Champignelles (Yonne), bouteiller de France depuis 1223. Il prit part à la croisade contre les Albigeois (voy. ma traduction du poème de la croisade albigeoise, p. 80, n. 1). Il accompagna Tbibaut, comte de Champagne, dans son expédition outre mer et y mourut en 1239 (Alb. de Trois-Font., dans Bouquet, XXI, 625 h); cf. Du Bouchet, Hist. généal. de la maison de Courtenay, p. 109-117.
2. c Radulphus de Tornella » figure comme caution de Robert de Courtenai dans un acte de novembre 1217 (Bouquet, XVII, 107 a; Delisle, Catal. des actes de Ph.-Àug., n" 1788). On verra plus loin (v. 17416) qu'il était sur la nef d'Eustacbe le Moine.
3. On sait que cet aventurier avait été au service du roi Jean et que partout il s'était signalé par sa cruauté et sa fourberie. Il a été composé sur lui, peu après sa mort, un poème, qui parait incomplet dans le seul ms. qu'on en possède, et qui a été publié en 1834 par Fr. Michel. Cet éditeur a réuni sans beaucoup d'ordre, dans sa préface, la plupart des témoignages historiques (tirés de chroniques et de chartes) qu'on possède sur ce personnage. Ces divers documents n'ont pas encore été mis en œuvre. Une nouvelle édition du poème, parue récemment en Allemagne, n'ajoute rien à ce qu'on savait par la préface de Fr. Michel (voy. Romania, XXI, 279), et le poème lui-même n'a pas encore été étudié avec critique. L'Hist. des ducs de Norm. confirme le récit de notre poème et y ajoute quelques détails : c En la nef Eustache le « Moine entra Robiers de Courtenay et Wistasses li Moines o lui et f Raous de la Tourniele, li boins chevaliers, qui puis fu ocis el service « Diu devant la cité de Toulouse, et Guillaumes des Bares, le boin c chevalier et le bien entechié... > (p. 200-201). Le roman d'EusUche le Moine, qui raconte très sommairement le combat naval dans lequel Eustache trouva la mort dit aussi (v. 2267) que Raoul de la Tournelle
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jour-là fut celui de sa fêie\ car le même jour il eut la tête coupée. Il y avait bien d'autres hommes que nous ne savons nommer, n'ayant appris les noms que de ceux qui furent faits prisonniers [-17466].
Le Maréchal se dirigea promptement vers la mer avec ce quMl put rassembler de monde 2. Il manda les mariniers des Cinq ports, et, à force de dons et de promesses, il les décida à aller à la rencontre des Français. Les mariniers eurent confiance en lui et se rassemblèrent à Sandwich. Là ils firent tous les préparatifs nécessaires pour abattre l'orgueil des Français [47496].
Le Maréchal se hâta de venir au rivage avec les siens, car il était très désireux de se mesurer avec les Français, mais on ne le laissa pas embarquer. On lui remontra qu'il devait rester à terre, car, si par aventure il était tué ou pris, qui défendrait ensuite le pays ? [4 724 0].
Le Maréchal fit tant qu'il eut bientôt vingt-deux nefs armées. Il avait promis aux mariniers de les indemniser des pertes qu'ils pourraient faire avec les nefs qu'ils prendraient. Les mariniers s'engagèrent envers lui par serment, mais ils se plaignirent des torts qu'ils avaient eus à souffrir de la part du roi Jean qui les avait mis en servage. Quand ils virent approcher la grande flotte des Français, ils allèrent à sa rencontre, comme ils s'y étaient engagés. Mais, n'ayant pas de chef, ils furent saisis de peur, et, tout éperdus, abandonnèrent leurs nefs, voiles dressées, pour se réfugier dans leurs chaloupes [47243]. Le Maréchal, toutefois, réussit, par ses exhortations, à les remettre dans la bonne voie, leur remontrant qu'ils étaient accompagnés de bons chevaUers et de bons sergents, que luimême se serait volontiers aventuré avec eux, si ses hommes le lui avaient permis. Car, si cette flotte parvenait à aborder, c'en serait fait de l'Angleterre^ [47260].
était avec Eustache; mais ses autres compagnons n'y sont pas mentionnés. Voir aussi la chronique de Meliose, dans Bouquet, XIX, 2G1 c.