APPROCHE DE LA FLOTTE FRANÇAISE
A la fête de Saint-Barthélemi (24 août), le Maréchal se rendit à Sandwich à la tête d'une nombreuse armée. Il avait les chevaliers de son fils, Richard le fils du roi Jean, le comte de Varenne \ Philippe d'Aubigni^ et nombre de vaillants jeunes hommes. Ils passèrent la nuit près de Gantorbéry, et, de bonne heure, ils se mirent en route pour Sandwich. Le temps était clair : on pouvait voir de loin en mer. Ils aperçurent la flotte ennemie qui s'avançait, serrée et alignée comme pour une bataille rangée. Devant voguait la nef d'Eustache le Moine qui les conduisait. xMais, ce jour-là, il mourut sans confession. Il y avait bien trois cents nefs dans cette flotte [17294].
Le Maréchal ne perdit pas de temps. Il fit embarquer son monde, et lui-même se fût mis en mer si on ne l'en eût empe-
sa fondre, car il va recommencer le récit de la bataille navale sans la rattacher à la première action qu'il vient de conter et dans laquelle les Anglais auraient éprouvé un moment de panique. En réalité, il paraît bien que les marins anglais furent d'abord eflFrayés en voyant combien la flotte française était supérieure à la leur. C'est ce que constate Roger de Wendover : t ... Piralœ régis Anglorum, ex obliquo venientes, recensitae c sunt in parte adversa naves quater vigenti; quapropter timuerunt bel- (( lum conserere cum navibus paucis, quse, inter galeias et naves alias, « numerum quadragenarium non excesserunt ; sed tandem de casu qui « apud Lincolniam acciderat, in quo pauci de multis triumpharunt, ani- € mati (c'est ce que dit le Maréchal, vv. 17316 et suiv.), audactera tergo « irruerunt in hostes » (II, 221). Il est du reste fort naturel qu'il ait circulé, au lendemain même des événements, des récits plus ou moins divergents d'une victoire aussi éclatante. Mathieu de Paris nous en fournit la preuve. On sait que cet historien reproduit jusqu'à l'an 1Z35, dans sa grande chronique, les Flores historiarum de Roger de Wendover, se bornant à intercaler çà et là quelques mots ou quelques lignes de son cru. Or, à la suite du récit de Roger, Mathieu insère (III, 28-29) un récit différent de la bataille, où l'initiative de l'attaque est attribuée à Hubert du Bourg (qui eut certainement une grande part dans la direction du combat), tandis que le Maréchal est représenté s'opposant à toute offensive sur mer.
1. Guillaume, comte de Varenne et de Surrey, fils de Hamelin de Varenne, sur lequel voy. plus haut, p. 164, note 8. Il eut la garde de divers châteaux, et notamment, depuis 1216, celle des Cinq ports. En 1225, il épousa, en secondes noces, Maude, fille du Maréchal, veuve de Hugues Bigot, comte de Norfolk (ci-dessus, p. 207, note 2). Il mourut en 1240 (Dugdale, Baronage of England, I, 77).