IL EST DÉLIVRÉ PAR LA REINE ALIÉNOR
et d'écuyers qui se livraient à divers jeux. Plusieurs jetaient la pierre'. Guillaume, prié de s'y essayer, consent à prendre part à ce jeu, malgré sa blessure. Il lance la pierre un pied et demi plus loin que le plus fort de tous. Mais, de TefTort qull flt, ses plaies, nouvellement fermées, crevèrent. Il eut d'autant plus de peine à guérir qu'il était contraint de chevaucher nuit et jour sans repos. Il lui fallut monter tantôt une jument, tantôt un âne, tantôt un cheval écorché. Cependant il ne tarda pas à guérir [4858].
Je n'en finirais pas si je voulais vous conter la guerre de GeofTroi de Lusignan et du roi. Qu'il suffise de dire que la reine (Aliénor) donna, quand elle le put, des otages pour le Maréchal, qui avait tant souffert prisonnier. Quand il eut été délivré et livré à la reine, il se trouva bien heureux. La reine, en femme vaillante et courtoise qu'elle était, lui fit donner chevaux, armes et deniers et riches vêtements. Lui de son côté ne se laissa pas aller à la paresse, mais il se rendit en divers pays pour chercher aventure. Souvent il s'en revenait riche, mais il n'était pas avare, et il savait si bien dépenser ce qu'il avait gagné^ que tous ceux qui venaient à lui se tenaient pour satisfaits. Sa prouesse, sa valeur, sa largesse grandirent tellement que rois, reines, ducs, comtes l'avaient en grande estime [4904].
Vers ce temps, le roi, ayant terminé sa guerre en Poitou, revint en Angleterre 2. Il fît couronner son fils [Henri] à Londres^. Je ne parlerai ni de ses barons qui assistèrent au couronnement, ni des dons qui furent distribués en ce jour, car ce n'est pas de
1. Jeter la pierre on, comme on disait aussi, « ruer la pierre » était un jeu sur lequel les témoignages abondent (voy. Doon de Mayence, p. 283-4; Charles le Chauve, dans Hist. littéraire, XXVI, 102). Plus tard, en Angleterre, on se plaisait à jeter une barre ou un marteau (voy. J. Slrutt, Sports and pastimes of the people of England, liv. II, ch. ii, p. 75 de l'édition de 1834).