‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 296 sur 404 · LE MARÉCHAL CONFIE LE ROI AU LÉGAT · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL CONFIE LE ROI AU LÉGAT

a qu'en Angleterre. Si je baillais le roi aux uns, les autres a seraient jaloux. C'est pourquoi j'ai décidé, sauf votre avis, « de le confier à Dieu et au pape, et spécialement au légat à a leur place. On ne saurait me blâmer raisonnablement de ce « choix, car si, au point où nous sommes, la terre n'est pas « défendue par le pape, je ne sais vraiment pas qui la défendra. » Tous se rangèrent à son avis [48062].

A ce moment le roi entra, accompagné du légat et des autres hauts hommes, tous le cœur serré par l'angoisse. Le iVIaréchal se souleva, et, s'appuyant sur son coude, il prit le roi par la main, et, devant tous, il dit au légat : a Sire, j'ai longuement a pensé à ce dont nous avons parlé hier. Je veux bailler ici, en « présence de tous, le roi à Dieu, au pape et à vous qui le « représentez. » Puis, s'adressant au roi : « Sire, je prie Dieu, a si jamais j'ai fait chose qui lui ait été agréable, de vous faire « la grâce d'être homme de bien; Et sMl arrivait que vous dus- « siez suivre l'exemple de quelque ancêtre félon \ je prie Dieu a de ne pas vous accorder une longue vie. — Amen, » répondit le roi. Les assistants se levèrent et prirent congé [48090].

Le comte dit à Jean le Maréchal : « Dites de ma part à mon a fils qu'il aille bailler le roi au légat, en présence des barons. » Il ne voulait pas qu'on pût dire que cet acte eût été accompli comme par arrangement privé. Le fils alla prendre le roi par la main et le présenta devant tous au légat. L'évêque de Winchester s'avança aussitôt et prit le roi par la tête. Mais le jeune Maréchal lui dit : « Sire évêque, laissez; vos efforts seraient « vains. Je ferai ce que mon père m'a ordonné. » Le légat se courrouça contre l'évêque et reçut l'enfant comme il l'avait déjà fait une première fois. Puis il revint auprès de son père et de sa mère, et leur conta l'acte outrecuidant de l'évêque [48148].

Le lendemain, il plut au Maréchal de mander sa gent devant lui. Il dit à la comtesse 2... : « Seigneurs, grâce à Dieu, qu'il me « feille vivre ou mourir, je puis me vanter d'être maintenant tt délivré d'un lourd fardeau. Il serait bon que je finisse mon a testament et que je prisse soin de mon âme, car le corps est

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