‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 298 sur 404 · EN VUE DE SES OBSÈQUES · texte numérisé non relu

EN VUE DE SES OBSÈQUES

a sire, mais ils paraissent un peu passés, si j'y vois bien. — « Dépliez-les, » reprit le comte, « nous nous en rendrons mieux a compte. » Et, quand les draps furent dépliés, ils eurent très belle apparence. Le Maréchal, ayant appelé auprès de lui son fils et ses chevaliers, leur dit : « Seigneurs, regardez ici. Ces « draps, je les ai depuis trente ans. Je les ai apportés avec moi « lorsque je revins d'outre-mer ^ pour servir à l'usage auquel « je les destine, c'est-à-dire à être étendus sur moi lorsque je « serai mis en terre. — Sire, » dit son fils, « nous ne savons « en quel lieu vous voulez reposer. — Beau fils, je vous le a dirai. Lorsque je fus outre-mer, dès ce moment je donnai « mon corps au Temple pour y avoir ma sépulture. Sachez que «je leur donnerai Opledane^, rùon bon manoir. Je le veux « ainsi, et j'aurai ma sépulture au Temple, car j'en ai fait le a vœu » [^8242].

11 dit ensuite à Jean d'Erlée : « Prenez ces draps. Quand je « serai mort, mettez-les sur moi; vous en couvrirez la bière « où je serai porté. S'il fait de la neige ou du mauvais temps, « vous achèterez du bureau gris, que vous mettrez sur les draps « afin de les protéger contre les intempéries; et quand je serai a enterré, vous donnerez les draps aux frères de la maison « pour qu'ils en fassent ce qu'il leur plaira3 » [48260].

Quand il eut ainsi parlé, son fils se mit à pleurer tendrement. Aussi pleurèrent tous les chevaliers qui étaient là, et les valets et les sergents, et tous ceux de sa maison. Son fils sortit, et, ayant appelé les chevaliers, il leur dit qu'il fallait veiller son père, de façon qu'il y eût toujours trois chevaliers auprès de

1. Le Maréchal revint de terre sainte au commencement de Tannée 1187 (ci-dessus, p. 83, noie 3).

2. Serait-ce Upleadon, comté de Gloucester, et au nord de celte ville? On trouvera dans le Monasticon anglicanum (VI, 821 a et 843 a) deux donations du comte de Pembroke au Temple, mais dans aucune il n'est fait mention du lieu ici indiqué. La seconde de ces donations doit dater de la maladie du comte, car l'abbé de Nutley, qui assistait à ses derniers moments, y apparaît comme témoin.

3. C'était l'usage que le drap, généralement de soie ou d'une étoffe précieuse, qui avait servi à recouvrir le corps fût laissé en don À l'église où se faisait le service. Voy. les exemples cités dans Du Gange, sous

PiLLLIDM, V, 37, col. 1.

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