IL PREND LE MANTEAU DU TEMPLE. [1Î
lui. Lui-même veillerait la nuit avec Jean d'Erlée et Thomas Basset*; les autres feraient la veille de jour, trois à la fois, à tour do rôle. Tant que le comte vécut, son fils ne manqua pas une seule nuit de le veiller [\ 834 4].
Le lendemain, le comte fit venir ses hommes et son aumônier, frère Gefl'rei, qui était templier, et fit faire ses lettres*. Puis il manda frère Aimeri de Sainte-More, qui était maître du Temple et homme sage, de haute religion. Il envoya ensuite son testament, scellé de son sceau et des sceaux de sa femme et de son fils, à l'archevêque 3, au légat, qui alors était régent*, et aux évêques de Winchester et de Salisbury, les priant d'être ses exécuteurs testamentaires, et de joindre leurs sceaux à son testament. Ils le firent volontiers et excommunièrent tous ceux qui viendraient à rencontre. Puis ils le lui renvoyèrent, désirant qu'il le vît avant de mourir [48350].
Sur ces entrefaites se présenta frère Aimeri de Sainte-More. Le Maréchal rappela la comtesse et ses hommes : « Il y a, » dit-il, « longtemps que je me suis donné au Temple. Actuelle- « ment, je vais m'y rendre. » Puis il dit à son aumônier Geffrei de lui aller quérir son manteau dans sa garde-robe. Ce manteau il l'avait fait faire un an auparavant, mais personne n'en savait rien [48366]. Le comte dit alors à la comtesse : « Belle amie, a vous allez me baiser, mais ce sera la dernière fois. » Elle s'avança et le baisa. Tous deux pleurèrent, comme aussi les braves gens qui étaient présents. Le comte fit étendre aussitôt le manteau devant lui. Il fallut entraîner au dehors la comtesse et ses filles qui se désolaient et que personne ne pouvait réconforter [48386].
Frère Aimeri dit alors : « Maréchal, il m'est agréable que a vous vous rendiez à Dieu. Il vous a accordé en ce siècle une a grande faveur, c'est que vous ne vous éloigniez point de lui « ni de sa compagnie. Il vous le montre dans la vie et dans la « mort. Dans le monde, vous avez eu tel honneur qu'aucun