‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 300 sur 404 · SA MALADIE S'AGGRAVE · texte numérisé non relu

SA MALADIE S'AGGRAVE

« chevalier ne l'eut plus grand, pour la prouesse, le sens, la a loyauté. Quand Dieu vous a ainsi concédé sa grâce, vous pou- « vez être assuré qu'à la fin il a voulu vous avoir. Vous quittez « le siècle honorablement. Vous fûtes bon, et bon vous en sorti tez. Je vais aller à Londres pour agir selon vos intentions » [18406].

Frère Aimeri se mit en route. Dès son arrivée à Londres, une maladie le prit dont il mourut. Mais en mourant il demanda à être enterré devant la croix du moutier « auprès du bon « chevalier, frère Guillaume le Maréchal, qui s'acquit en terre « un si grand nom par sa prouesse, et qui maintenant veut « Tacquérir dans les cieux. J'ai beaucoup aimé sa compagnie a en ce monde, et je désire reposer auprès de lui. Que Dieu a nous donne sa compagnie en la vie céleste ! » [1 8426].

Lorsqu'il fut mort, la nouvelle en fut portée à Gaversham, où elle causa une grande douleur. On la cacha au Maréchal, de peur d'aggraver son état. Les chevaliers de son entourage dirent : « C'est bien la preuve que Dieu aime le comte : frère « Aimeri est allé prendre sa place au ciel près de celle qui est « réservée au comte, de même qu'il a voulu reposer en terre « près de lui » [18439].

Que vous dirais-je de plus ? La maladie du comte s'aggrava au point qu'il en perdit le boire et le manger. Il s'affaiblissait constamment, la nature ne pouvant ouvrer en lui. Une pouvait plus rien manger, sinon des mousserons. Celui qui le soignait émiettait le pain, pour qu'il en mangeât sans s'en apercevoir. Il demeura en cet état pendant les quinze jours qui précédèrent sa mort. Un jour, comme il était couché en son lit, soutenu par Henri Fils Gerout, ayant autour de lui ses chevaliers, tous en grande douleur pour le mal (|u'ils lui voyaient souffrir, sire Henri lui dit : a Sire, il faut penser à votre salut. La mort « ne respecte personne, et les clercs nous apprennent que pera sonne ne sera sauvé s'il ne rend ce qu'il a pris » [18478]. Le « Maréchal lui répondit : « Henri, écoutez-moi un peu. Les clercs 0 sont trop durs pour nous. Ils nous rasent de trop près. « J'ai pris cinq cents chevaliers dont je me suis attribué les « armes, les chevaux et tout l'attirail. Si pour cela le royaume « de Dieu m'est interdit, il n'y a rien à faire, car je ne pourrais

Page 1