LE JEUNE ROI EST CONFIÉ A SA GARDE
mon sujet. Je dirai seulement que le roi n'eut pas une heureuse idée lorsqu'il contraignit ses barons à prêter hommage à son ûh*. Il vint un jour où volontiers il eût défait ce qu'il avait fait. Mais souvent on fait chose dont on se repent. Nul ne sait ce qui lui pend à l'œil [^934].
Le roi choisit à son fils pour compagnons les chevaliers les plus éprouvés du royaume, entre autres le Maréchal, qu^il chargea spécialement de le garder et de le former^. Le jeune roi criit rapidement en prix et en honneur. Il fut réputé le plus beau entre tous les princes chrétiens ou païens. En ce temps, il n'y avait point de guerre. Guillaume mena le jeune roi en mainte terre, là où il y avait des tournois, et lui apprit le métier des armes. On voyagea beaucoup ef on dépensa de même. Quand le jeune prince se vit sans argent, il le fit savoir à son père. Celui-ci trouva que son fils était trop dépensier. Il ne manqua pas de gens pour dire au roi que son fils, mal dirigé par les gens de son entourage, finirait par le ruiner. Henri II crut les mauvaises langues qui abondent dans les cours et manda à son fils qu'il ne pouvait subvenir plus longtemps à ses largesses. Le jeune roi fut très surpris. Plusieurs lui conseillèrent de se déclarer contre son père et de le contraindre par la force à lui accorder ce qu'il demandait. D'autres essayèrent de l'en détourner, lui remontrant que ce serait mal. Le diable suscita des paroles amères entre le fils et le père, si bien qu'ils se brouillèrent. La guerre s'ensuivit, dont maints gentilshommes moururent, maints châteaux et maintes terres furent ruinés^ [20^6].
1. • In crastino aulem hujus consecrationis fecit rex Wlllelmum regem Scotiœ et David fratrem suum et omnes comités et barones et francos tenentes regni sui devenire homines novi régis filii sui, et fecit eos super sanclorum relliquias jurare illi ligantias et (idelitates contra omnes homines, saiva lidelitate sua » (Ben. Peterb., I, 6).
2. On peut dresser une liste approximative des chevaliers qui formaient l'entourage habituel du jeune roi en relevant les noms des témoins qui figurent ordinairement dans les chartes en petit nombre que nous avons de lui. On trouvera ce relevé dans l'introduction.
3. La cause première de la brouille paraît avoir été celle-ci : le roi Henri, ayant (lancé son troisième (ils, Jean, à la (ille du comte de Mau-