SES FILLES VIENNENT LE VOIR
« pas les rendre. Je ne puis faire plus pour Dieu que de me rendre « à lui, repentant de toutes mes faules. A moins que les clercs « veuillent ma perte complète, ils doivent s'abstenir de me « poursuivre davantage. Ou leur argument est faux, ou pera sonne ne peut être sauvé. — Sire, » dit Jean d'Erlée, « c'est « la vérité. Et, je vous le garantis, vous n'avez guère de voisin « qui, à ses derniers jours, puisse en dire autant » [18500].
Le lendemain, ses filles vinrent le voir. Elles furent bien déconcertées quand elles le virent si malade. Elles ne venaient pas toutes ensemble chaque jour^ ; mais ce jour-là vinrent Madame Mahaut la Bigote*, la comtesse de Gloucester', dame Ève^ etdameSibille*, toutes menant grande douleur, et Jeanne, qui plus d'une fois se pâma, et c^était bien naturel, car elle était encore sans conseil, mais celui à qui son père la laissa sut bien la conseiller^ [18523].
Le fîls^ du Maréchal était assis auprès de son père. Il y avait là une grande assemblée de chevaliers. Le Maréchal appela Jean d'Erlée et lui dit : « Je vais vous dire une chose bien extraor- « dinaire. — Dites, sire, pourvu que cela ne vous fatigue pas. « — Je ne sais d'où cela vient, mais il y a bien trois ans ou plus « que je n'eus si grande envie de chanter comme j'ai depuis trois « jours*. — Sire, chantez si vous le pouvez, » répondit Jean. a La nature reprendrait en vous, et ce serait une bonne chose, « car l'appétit vous reviendrait. — Taisez-vous, » répondit le comte, « cela ne me vaudrait rien. On me prendrait pour un « fou. » Il ne voulut pas chanter, et il ne le pouvait pas. Henri Fils Gerout lui conseilla de faire venir ses filles. « Elles vous « chanteront quelque chose, et cela vous réconfortera. » On les manda et elles vinrent. « Chantez la première, Mahaut, » dit le comte. Elle n'en avait pas envie, cependant elle le fît pour