IV INTRODUCTION. — I
49492 De ce ne deit nus doter rien.
Buen^ amors en toz biens se prueve;
Certes, ce n'est mie conlrueve.
Car Johans s'est bien esprové -19496 Qui cest livre a fèt e trové.
Ë Dex, qui les biens gueredone
As buens e tote joie done,
Dont la joie de paradis (/*. 427 b)
49200 A cels qui s'en sunt entrerais !
Quant [li] lignages, frère e suers,
Orront ce, molt lor iert as cuers
Que li buens Mareschas lor frère 4 9204 Willemes a fet de lor père
Feire tele uevre cum cestui.
E Dex lor dount joie de lui,
Car bien sai que molt s'esj orront 49208 De cest [livre], quant il l'orront,
Por les granz biens e por l'enor
Qu'il orront de lor anseisori
Ci fine del conte l'estorie ; 49242 E Dex en perdurable glorie
Dont que la sue ame soit mise Et entre ses angles assise I Amen.
De ces vers se déduisent clairement les notions qui suivent : l'' Le poème fut composé à la demande de Guillaume le Maréchal, fils aîné du régent d'Angleterre et, après lui, comte de Pembroke. C'est ce fils aîné qui a fait faire Touvrage sans la participation de ses frères et sœurs (v. 19201- 19205).
2" L'idée première de cette composition n'appartient pas au fils aîné du Maréchal. Il a suivi un conseil qui lui était donné (v. 19181). L'auteur ne dit pas nettement qui fut, en cette occasion, le conseiller, mais on peut induire de l'ensemble du passage que ce fut le fidèle écuyer du Mare-
CIRCONSTANCES ET DATE DE LA COMPOSITION. v
chai, son compagnon dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, Jean d'Erlêe, dont la biographie sera esquissée dans le prochain chapitre. Lorsque l'auteur annonce l'intention de mentionner tous ceux qui ont pris part à la comppsition de l'histoire (v. 19169-76), il a certainement en vue le fils aîné du Maréchal et Jean d'Erlée, et peut-être une troisième personne, comme nous Talions voir. La part du premier a consisté à faire les frais de la composition : C'est sans doute lui « qui tôt le cost en a soufert » (v. 19175-6), c'est-à-dire qui a payé le rédacteur de l'ouvrage. Le second, pour sa part, a fourni la matière. C'est à Jean d'Erlée que se rapportent ces mots : * qui fu qui dona la matire » (v. 19174) et, plus loin, « qui la matire en a portrète » (v. 19187).
Jusqu'ici tout est assez clair, mais plus loin nous trouvons deux vers qui soulèvent une difficulté :
Car Johans s'est bien esprové Qui cest livre a fèl e Irové.
« Fèt et trové » ne comporte pas deux interprétations ; il s'agit bien ici de la composition du poème, et alors se pose la question de savoir qui est ce Jean. Est-ce Jean d'Erlée, nommé un peu plus haut, ou est-ce un homonyme ? Si c'est Jean d'Erlée, ce personnage ne se serait pas borné à fournir la matière du livre : il l'aurait lui-même mise en vers. Il serait entièrement l'auteur de l'Histoire. Cette interprétation me semble difficilement admissible. Sans refuser à Jean d'Erlée une part de collaboration considérable, puisqu'il a fourni la matière du poème, probablement sous forme de mémoires écrits (nous verrons, en effet, plus loin que le poète s'est servi de notes écrites), je ne puis croire qu'il ait fait œuvre d'auteur au sens étroit du mot, en d'autres