‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 317 sur 404 · VI INTRODUCTION. — I · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION. — I

termes qu'il ait rédigé en vers la vie de Guillaume le Maréchal. La perfection de la forme, la recherche de la versification, où abondent les rimes riches (soit léonines soit consonnantes) y et d'autres particularités, dénotent l'œuvre d'un trouvère de profession. Il n'y a pas lieu d'objecter que des seigneurs tels que Quene de Béthune, Guichart de Beaujeu, Thibaut de Champagne, Jean de Journi, ont composé des chansons ou même des poèmes. On sait bien que certains seigneurs s'entendirent à composer des poésies courtoises, des enseignements moraux. Mais, l'Histoire de Guillaume le Maréchal se présente dans de tout autres conditions : c'est un livre fait sur commande, c'est l'œuvre d'un professionnel, d'un trouvère qui composait moyennant une rétribution. Les vers qui ont été rapportés plus haut le font entendre. Nous y voyons que Guillaume, le fils aîné, a supporté « tout le coût » de l'œuvre (v. 19175). Il serait bien invraisemblable que Jean d'Erlée, à supposer qu'il eût été capable d'écrire un poème de plus de 19,000 vers, se fût fait payer par la famille de celui à qui il devait sa fortune et qui l'avait désigné comme l'un de ses exécuteurs testamentaires. Il y a plus, nous voyons que Jean d'Erlée a mis en cette œuvre « cuer et pensée et aveir » (v. 19190)*. Il a donc dépensé du sien, loin d'avoir reçu. Enfin, il y a au moins un passage où l'auteur se donne pour ce qu'il est réellement, c'est-à-dire pour un trouvère qui vit de sa plume :

\\K(S\ Quer nuls qui de trouver volt vivre

Ne deit chose mètre en son livre

Qui de dreite raison ne vienge \\\Qk N'[a la 2] matyre n'apartienge.

1. Si l'on admettait que Jean d'Erlée est l'auteur du poème, on devrait corriger, au v. 19190, aveir en {s\aveir. 1. Ou pourrait aussi suppléer sa aussi bien que la.

CIRCONSTANCES ET DATE DE LA CO>fPOSITION. vu

Je suis -donc porté à croire que le Jean mentionné au V. 19195 est distinct de Jean d'Erlée, que c'est un trouvère de profession, sur lequel, du reste, nous n'avons aucun renseignements

Cherchons maintenant à déterminer l'époque de la composition.

Il est évident que Guillaume, fils aîné du Maréchal, et Jean d'Erlée vivaient encore lorsque fut écrit l'épilogue rapporté plus haut. Guillaume, second comte de Pembroke, mourut le 6 avril 1231 S et Jean d'Erlée décéda au plus tard dans la même année. Mais nous pouvons resserrer la date du poème dans de plus étroites limites.

Le Maréchal étant mort le 14 mai 1219, il est bien probable que l'idée de faire écrire son histoire fut suggérée et adoptée dès la même année. Mais il fallut un certain temps pour rassembler les matériaux, et un temps plus long pour les mettre en œuvre. Il est vraisemblable que la composition fut surveillée par ceux qui l'avaient commandée, c'està-dire par le fils aîné du Maréchal et par Jean d'Erlée. Des corrections, des additions ont dû être faites, des suppléments d'informations ont pu être fournis au cours même de la rédaction, de sorte que l'ouvrage ne fut sans doute pas mené à bonne fin aussi rapidement que s'il s'était agi d'un roman d'aventures. Ce qui est certain c'est qu'il ne semble pas avoir été achevé avant 1226. C'est du moins ce qui résulte de certains passages. L'auteur, ayant conté les avantages

i. L'auteur du roman de Rigomer s'appelle aussi Jehan tout court, sans addition de surnom. Je ne connais de ce poème que les vers cités dans V Histoire littéraire, XXX, 86 et suiv. Il ne me semble pas que son style soit le même que celui de l'auteur de notre poème.

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