LE JEUNE ROI ARMÉ CHEVALIER PAR LE MARÉCHAL
chevalier qui onques fût. Lorsque l'épée lui eut été apportée, il la présenta au Maréchal, lui disant : « Beau sire, je veux rece- « voir cet honneur de Dieu et de vous. » Le Maréchal lui ceignit l'épée de grand cœur et le baisa, priant Dieu de le maintenir en grande prouesse et en honneur, comme il fit en effet [2096].
Seigneurs, tel fut le grand honneur que Dieu fit en ce jour au Maréchal. En présence de comtes, de barons, de chevaliers portant les plus hauts noms, il ceignit l'épée au roi d'Angleterre ^ Et pourtant il ne possédait pas un sillon de terre ni rien autre que sa chevalerie. Beaucoup en conçurent de l'envie, mais ils n^osèrent pas le manifester. Cependant le père ne se montra pas. Le fils alla trouver le roi de France et lui mit sous les yeux sa misère, comme il avait déjà fait auparavant. Je vous expliquerai comment il fut roi avant d'être chevalier. Le père, voulant honorer son fils, aurait désiré que le roi de France le fit chevalier. Quand le roi de France connut rembarras où se trouvait le jeune Henri, il lui envoya plusieurs des plus renommés chevaliers français^, entre autres le preux comte de Clermont3, Pierre de Gourtenai, le frère du roi de France '*, le bon
1. Nous n'ayons aucun autre témoignage sur les circonstances dans lesquelles le jeune roi fut armé che^ralier.
2. Comme il a été dit dans la note sur le v. 2122 (t. i;, l'explication qu'on attend semble incomplète. On ne nous dit pas pourquoi le roi de France n'a pas armé chevalier le fils du roi d'Angleterre. La raison est probablement que l'adoubement eut lieu à l'iraproviste et pour ainsi dire sous le coup de la nécessité, puisqu'on s'attendait à une attaque de la part de Henri IL Mais le récit du poète est mal disposé. Il semble, à première lecture, que le jeune Henri se soit rendu auprès du roi Louis VII après son adoubement, et on verra au contraire que celte visite doit avoir eu lieu avant, puisque les chevaliers envoyés par le roi de France, à la suite de l'entrevue du jeune roi et de Louis VII, étaient présents ^ la cérémonie de l'adoubement et conçurent de l'envie en voyant le Maréchal conférer la chevalerie au jeune roi.
3. Raoul, comte de Clermont, connétable de France, mort à Sainl-Jeand'Acre en 1191; voy. Lépinois, Recherches sur l'ancien comté et les comtes de Clermont en Beauvoisis, p. 335-53; Luçay, Le comte de Clermont en Beauvaisis (1878), p. 18-28.