‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 35 sur 404 · LES PARTISANS DU JEUNE ROI SONT RUINÉS · texte numérisé non relu

LES PARTISANS DU JEUNE ROI SONT RUINÉS

nouvelle se fut répandue que le roi s^avançaiL contre son fils, chacun, ne voulant pas se laisser surprendre, s'empressa de s'armer. Mais le bon comte se mit en selle tout désarmé, et, sans aide de personne, endossa son haubert. On lui demanda pourquoi il ne s'était pas armé avant de monter : « C'est que, » dit-il, a celui qui, en cas de surprise, est revêtu de ses armes a plus de « chances d'être pris, si son cheval n'est pas tout près de lui, a que s'il est monté, et j'ai vu maint homme tué ou fait prison- « nier en ces circonstances » [2^87].

Je reviens à ma matière. La guerre du fils et du père fut si cruelle et si désastreuse que les partisans du jeune roi en furent honnis : ils y perdirent leurs héritages. Maints châteaux, maintes cités furent ruinés, maints prud'hommes qui n'y étaient pour rien furent par suite tués, exilés ou réduits à la misère pour cette maudite faction. On voit encore en plusieurs lieux les traces de la guerre. En Normandie, en Angleterre ^ en Anjou, en Poitou, dans le Maine, dans le duché d'Aquitaine, il y a des châteaux ruinés qui ne furent et ne seront jamais relevés. Ainsi passe l'orgueil du monde [2222].

Le fils eut Tappui du roi de France, et néanmoins ni lui ni ses partisans ne réussirent à gagner plein pied de terre sur le roi d'Angleterre. Il y eut beaucoup de paroles orgueilleuses et de vanteries, mais à la fin les partisans du jeune roi se trouvèrent en si mauvais point que, pour la plupart, ils n'auraient pas eu de quoi donner à un mendiant. Ils firent des dettes qu'ils ne purent payer. Quand Targent manque, l'orgueil tombe. Qui s'est élevé par la richesse est honni quand il devient pauvre. Bientôt il leur fallut engager ou vendre leurs armes, leurs chevaux, leurs bêtes de somme. Ils n'avaient pas d'autre ressource, et ils n'auraient pas trouvé un ami pour leur donner asile une seule nuit. Et sachez que les plus hauts barons de France leur tournaient le dos, gagnés par le roi d'Angleterre, qui leur

menl de graves démôlés (voy. Eyton, Court, household and ilinerary of Henry 11, p. 113, n. 5, et p. 157, n. 1).

l. L'auteur fait allusion à la guerre que les Anglais restés fidèles A Henri II eurent à soutenir contre le roi d'Ecosse Guillaume le Lion et contre les partisans du jeune roi, notamment contre Hugues Bigot, comte de Norfolk.

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