PHILIPPE-AUGUSTE ABANDONNE LE JEUNE ROI
oignait les paumes ^ Nous avons su el vu nous-mêmes que le roi de France, sur qui le fils comptait, finit par se lasser de tant de dépenses, et ne voulut plus s'engager autant qu'il avait fait. Les oreilles lui en cornèrent, car il ne manquait pas de gens pour lui reprocher son entreprise. 11 avait assiégé Rouen, mais sans succès [2290]. 11 avait été à Verneuil, mais n'en avait obtenu ni hommage ni aucun avantage 2. On lui remontra que cette guerre était sans profit pour personne et qu'il n'y pouvait gagner que le blâme. 11 consentit, d'accord avec le jeune roi, à faire à Henri II des ouvertures de paix. On envoya donc au vieux roi l'archevêque de Reims, accompagné d'un évéque, d'un abbé et d'un templier^. Ces sages personnes trouvèrent le roi d'Angleterre entre Conches et Verneuil [2327]. Après échange de salutations, ils exposèrent brièvement leur message. « Mais, » dit le roi, « qui réparera les dommages qu'on m'a causés « dans cette guerre? — Sire, vous ne devez pas faire sentir « votre colère à votre fils ni à ceux qui étaient avec lui, mais
1. C'est ce que dit Robert de Torigai : < Rex autera Uenricus senior, qui muitos de baronibus FraaciâB obérâtes habebat, et magais obsequiis et donis eos sibi i'ainiliares i'ecerat... » (1174, éd. Delisle, 11, 50).
2. La succession des faits n'est pas rigoureusement observée. C'est en juillet 1174 que le roi de France assiégea Rouen. li fut contraint de lever le siège le 14 août suivant (Ben. de Pelerb., éd. Stubbs, I, 74-75 ; la date du il août adoptée par Ëyton, p. 184, est peu vraisemblable). Le siège de Verneuil (cb.-l. de cant. de l'arr. d'Ëvreux) eut lieu une année plus tôt. Il fut mis après le 24 juin 1173, selon Robert de Torigni (éd. Delisle, H, 39); vers le G juillet, selon Ben. de Peterborough (éd. Stubbs, 1, 49). Ce dernier raconte en détail comment Verneuil fut occupé et incendié par Louis Vif, qui fut bientôt obligé de battre en retraite devant le roi d'Angleterre (voy. notamment p. 53-54). — On remarquera que l'auteur ne dit rien de la prise de Neufcbàtel par le jeune roi et par ses frères, aidés du comte de Flandres et du comte de Boulogne. Cette affaire, qui eut lieu en juillet 1173, a été contée plus baut, v. 815-1106, d'une façon aussi inexacte que confuse et tout à fait hors de sa place chronologique. Voy. ci-dessus, p. 16, noie 2.
3. Le récit des négociations entre Henri II el le roi de France doit être accueilli avec réserve. Selon B. de Peterborough, les envoyés de Louis VII auraient été i'archevéque de Sens et Thibaut de Blois. 11 y aurait eu une première entrevue à Gisors, le 8 septembre 1174, et une seconde, à la lin du même moi», entre Tours et Amboise (éd. Stubbs, I, 76-77); cf. Eyton, p. 185; K. Norgate, I, 165.