‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 357 sur 404 · Voir notamment ci-après, p. 91, n. 2 et · texte numérisé non relu

Voir notamment ci-après, p. 91, n. 2 et

GUERRE DES DEUX ROIS. lui

Gisors au mois d'août 1188, entre Henri II et Philippe- Auguste, est riche en détails qu'on ne trouve pas ailleurs, mais on comprend que, le Maréchal ayant pris part à ces négociations, le poète a dû avoir des informations particulières. Tout ce qu'on pourrait objecter, c'est que le rôle du Maréchal paraît exagéré : c'est lui qui conseille le roi d'Angleterre (v. 7559 et suiv.), c'est lui qui, envoyé au roi de France, agit comme chef de mission (v. 7641 et suiv.). Mais il est facile de remettre les choses au point. Le poète est, naturellement, porté à mettre son héros au premier plan. Ce qui, du reste, inspire confiance en sa véracité, c'est la réserve dont il fait preuve dès qu'il se trouve en présence d'événements sur lesquels il était insuffisamment renseigné. Ainsi, il sait que les deux rois, accompagnés de leurs principaux barons, eurent une entrevue à Gisors, mais il ne prétend pas en savoir davantage. « Il y eut, dit-il, bien des « paroles échangées, mais je n'en sais pas toutes les parties,

« Kar li rei ne cil qui i érent 7380 « A lor consels ne m'apelérent. »

Et plus loin, lors de l'entrevue de Colombier, près Tours : *( Ne sai les paroles parties » (v. 9029). Le poète n'est pas un narrateur sec : il se permet quelques développements littéraires; mais jamais il n'invente pour combler les lacunes de son information.

La guerre des deux rois met pour la première fois le narrateur en face d'événements politiques importants, et lui fournit l'occasion de laisser paraître son opinion sur ceux qui y tiennent les principaux rôles. A l'égard du roi de France, il n'est tenu à aucun ménagement; aussi ne se fait-il pas faute de relever — et les occasions ne manquent pas — tout ce qui peut donner lieu à une accusation de

uv INTRODUCTION. — III, § 3.

duplicité, de convoitise ou d'orgueil. Pour Henri II, pas plus, du reste, que pour le jeune roi, il n'a jamais une parole de blâme. Mais il est moins favorable à Richard. Déjà, lorsqu'il avait eu à expliquer comment était née la brouille entre le jeune roi et son père, il avait été amené à qualifier sévèrement la conduite du comte de Poitiers envers ses hommes (v. 6316 et suiv.). Il ne dissimule pas non plus les torts de ce prince dans la guerre de 1188, rejetant toutefois, non sans raison du reste, une partie de la responsabilité sur le roi de France, qui avait excité Richard à prendre parti contre son père (v. 8089 et suiv.). Il met à ce propos dans la bouche du vieux roi une parole touchante et bien vraisemblable. Apprenant que Richard était contre lui, Henri U se serait écrié : « Oh! je le savais bien : mes « enfants ne feront jamais que du mal. Ils causeront ma « perte et la leur! » (v. 6198 et suiv.).

Cependant, Guillaume le Maréchal grandissait dans l'estime du roi. En mai 1189, déjà atteint de la maladie qui devait l'emporter deux mois plus tard, Henri II s'engageait à lui donner la demoiselle de Striguil (v. 8303 et suiv.), promesse qui ne fut accomplie que par son successeur. Puis il le chargeait d'aller, avec Raoul, archidiacre de Hereford, porter au roi de France des propositions de paix. La négociation, contrecarrée par Richard et par son chancelier, Guillaume de Longchamp, n'aboutit pas, et Henri II, malade et d'ailleurs peu habile à la guerre, dut se résigner à la lutte. Il se défendit mollement, battant toujours en retraite devant son adversaire, évitant le plus possible de combattre. L'état d'esprit du malheureux prince, découragé, s'abandonnant lui-même, soupirant après le repos, agité par instants de mouvements de rage, est indiqué par le poète en quelques traits caractéristiques. Au Mans, que ses chevaliers tentent

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