‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 362 sur 404 · Ci-après, p · texte numérisé non relu

Ci-après, p

INTRIGUES DE JEAN SANS-TERRE. î.xi

son côté, le chancelier écrivit au roi pour l'avertir que le comte Jean intriguait pour le dépouiller de sa terre et qu'il avait Tassentiraent des barons. Ses déclarations écrites furent complétées oralement par le messager porteur de sa lettre. Celui-ci n'hésita pas à désigner au roi le Maréchal comme étant l'un des barons qui le trahissaient*. Sur quoi le roi se récria : le Maréchal était l'homme le plus loyal du royaume. Le messager dut se rétracter. C'est alors que Richard résolut de revenir en Angleterre. On sait comment, au retour, il fut arrêté et retenu prisonnier par le duc d'Autriche à l'instigation du roi de France, .selon l'opinion assez vraisemblable exprimée en un autre endroit de l'ouvrage". Le poète donne quelques renseignements assez sommaires, qui, toutefois, méritent d'être pris en considération, sur le gouvernement de Gautier de Coûta nces, substitué comme grand juge d'Angleterre à Guillaume de Longchamp, sur les tentatives d'usurpation de Jean Sans-Terre, sur les efforts des barons, de Guillaume le Maréchal en particulier, pour défendre les droits du roi absent. Il y a là quelques détails nouveaux et d'autant plus précieux que cette période de l'histoire d'Angleterre est assez obscure, les historiens du temps n'étant pas toujours d'accord entre eux sur l'ordre des événements 3.

Le Maréchal apprit en même temps, le même jour, semblet-il, la mort de son frère Jean et le retour en Anglet'^rre du roi Richard. Ce dut être vers la fin de mars"*. Le Maréclial,

i. Ci-après, p. 128-9.

3. Voir notamment ci-après, p. 130, u. 1 et 2, et p. 131, n. 1.

4. J'ai dit, p. 132, n. 2, d'après R. do Dicot, qiin Richard débarqua à Sandwich le 20 mars 1194 ; j'aurais dû ajouter (]ue, selon dervais de Gantorbf^ry (t'd. Stuhhs, I, 52'i), l'arrivée de

LXii INTRODUCTION. - III, § 4.

qui était alors à Striguil, ne put assister qu'à une partie des obsèques de son frère, pressé qu'il était d'aller à la rencontre du rof, qu'il rejoignit à Huntingdon (v. 10081). Ici le poète, s' écartant pour quelques instants de l'histoire de son héros, nous entretient du comte Jean, de ses intrigues avec le roi de France et du siège de Nottingham par Richard. Le château se rendit le 27 mars. Le lendemain, Guillaume fut requis par le chancelier, Guillaume de Longcharap*, qui, on l'a vu, avait, en une précédente occasion, cherché à lui nuire, de faire hommage au roi pour ses terres d'Irlande. Il s'y refusa en présence du roi, disant qu'il en avait déjà fait hommage au comte Jean. Ce refus dénotait, de la part du Maréchal, non seulement une loyauté qui ne fut jamais contestée, mais un certain courage, car Jean Sans-Terre était à ce moment en état de révolte ouverte contre son frère aîné. Il s'était réfugié en France et avait conclu une alliance avec Philippe -Auguste 2. Richard approuva les scrupules du Maréchal. Jean n'en usa pas de même en une circonstance analogue, comme on le verra plus loin.

Du reste, la révolte de Jean tirait à sa fin. Se sentant le plus faible, il ne devait pas tarder à demander un pardon qui lui fut généreusement accordé. En effet, Richard, ayant, en quelques semaines, à peu près rétabli l'ordre en Angleterre, s'embarqua pour la Normandie (12 mai 1194), que le roi de France avait envahie. Il était à Lisieux, chez Jean d'Alençon, archidiacre de l'église et son ancien vice-chan-

Richard en Angleterre serait du 12 mars, ce qui, vu la suite des événements, est plus probable,

1. C'est par erreur qu'il a été dit, p. 135, n. 6, que le chancelier était Hubert Gautier. Celui-ci n'exerça jamais l'office de chancelier, qui fut tenu jusqu'en 1195 par Guillaume de Longchamp. • 2. Ci-après, p. 134, n. 3.

MISSION DU MARÉCHAL EN FLANDRE. lxiii

celier, lorsque Jean se lit annoncer, et se jeta aux pieds de son frère, implorant son pardon, Richard l'accueillit avec bienveillance : « N'ayez crainte, » lui dit-il, « vous êtes un « enflant ; vous avez été en mauvaise garde. Ceux qui vous « ont conseillé le paieront. » Et il fit mettre au feu pour son frère un saumon qu'on venait de lui envoyer. La scène est jolie et vraisemblable.

Depuis lors, et pendant quelques centaines de vers, il n*est question du Maréchal qu'incidemment. Nous n'y perdons rien. Il accompagna Richard dans ses opérations militaires jusqu'au mois de juillet au moins, puisqu'il assistait à l'affaire de Freteval (vers le 3 juillet), où le roi de France fut mis en déroute. Il avait sans doute avec lui son fidèle Jean d'Erlée, et c'est probablement à celui-ci que nous sommes redevables des renseignements très précieux, bien que présentés avec assez peu d'ordre, que le poète nous a conservés sur la campagne de Richard en Normandie.

Du combat de Freteval (juillet 1194), le poète passe à la prise de Vierzon (fin de juin 1 196) . Le Maréchal avait assisté à ces deux affaires ; il est probable que, dans l'intervalle, il n*avait été mêlé à aucun événement qui eût laissé trace dans la mémoire de ses contemporains^. Nous apprenons ensuite qu'il fut envoyé en mission auprès des comtes de Flandre et de Boulogne (v. 10688-93), qui devinrent hommes de Richard, au grand mécontentement de Philippe -Auguste (v. 10688-701). Enfin, on nous montre le roi d'Angleterre, accompagné de ces deux comtes, se rendant à une entrevue sollicitée par le roi de France. Naturellement, ce dernier se

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