ENTREVUE DE RICHARD ET DU CARDINAL PIERRE. LXIK
mission particulière du pape, aborde un autre sujet, et demande à Richard, au nom de la cour de Rome, de rendre un saint homme d'église qu'il tient en prison. Etonnement de Richard, qui ne devine pas d'abord de qui il s'agit. — C'est l'évêque de Beauvais : « il est mal de garder un << homme qui est oint et sacré. » Cette demande intempestive faillit tout gâter. Le roi s'emporta ; il accabla d'injures le misérable cardinal, et, pour un peu, il l'eût assommé. Le malheureux s'enfuit, craignant pour sa peau, et s'en alla conter à Philippe sa mésaventure, tandis que les chevaliers français riaient de sa mine effarée. Aussitôt après cette scène, le Maréchal entra dans la tente de Richard, qu'il trouva très excité, et le calma par de sages paroles. Le roi de France, sur l'avis de ses barons, accepta la trêve dans les conditions dictées par le roi d'Angleterre, mais, pour rien au monde, le cardinal n'aurait voulu reparaître devant Richard; aussi, envoya-t-on à sa place l'archevêque de Reims, Guillaume aux blanches mains, l'oncle du roi de France, qui termina la négociation, et ainsi fut conclue la trêve dite du Goulet (1199).
Peu après, le 26 mars 1199, Richard fut blessé mortellement au cours d'une expédition en Limousin. Le poète raconte très sommairement les circonstances dans lesquelles le roi trouva la mort. Ce n'était pas de son sujet puisque, lors de cet événement, Guillaume le Maréchal était en Normandie. Il est à noter toutefois que le château qu'assiégeait Richard, lorsqu'il fut frappé, est ici celui de Nontron, et non pas Chàlus, comme il est dit ailleurs ^ Mais on doit surtout appeler l'attention sur une circonstance qui confirme ce que nous savions déjà de la minutieuse exacti-