LXX INTRODUCTION. — III
tude de notre auteur. Lorsque Richard se sentit grièvement atteint, il envoya au Maréchal un messager porteur de lettres par lesquelles il le nommait gardien de la Tour de Rouen, où était enfermé son trésor. Le messager fit diligence; il trouva le Maréchal au Vaudreuil, siégeant comme juge d'un plaid entre Engeugier de Bohon et Raoul d'Ardene*. Or, Tacte qui mit fin à ce débat nous a été conservé; il est daté du 7 avril 1199^ L'envoyé de Richard dut arriver au Vaudreuil soit avant la rédaction de l'acte, puisque, d'après le poème, il trouva les barons réunis pour ouïr la cause, soit le jour même où l'acte fut écrit ; supposons que ce fut le 6 ou le 7. Si on considère que Richard fut blessé le 26 mars, que le messager ne put, selon toute vraisemblance, se mettre en route que le lendemain ou le surlendemain, que la distance de Nontron ou Ghàlus au Vaudreuil est un peu supérieure à 400 kilomètres, on jugera sans doute que ce voyage a pu demander huit ou dix jours, ce qui correspond exactement aux indications du poème. Richard mourut le 6 avril. La nouvelle de sa mort parvint à Rouen, où le Maréchal s'était transporté, le 10 au soir (v. 11836), par conséquent, en cinq jours seulement; mais on comprend qu'un message de cette importance ait été porté avec une rapidité exceptionnelle.
Lorsque la funeste nouvelle arriva, le Maréchal allait se mettre au lit. Il se rhabilla en hâte et courut à Notre-Damedu-Pré, prieuré situé tout près de Rouen , où il savait trouver l'archevêque de Cantorbéry, Hubert Gautier, qui, en le voyant à cette heure tardive, devina le motif de sa visite et se répandit en lamentations. « Il faudrait, » dit le Maré-
1. Actuellement Ardennes, village de la commune de Saint- Germain-la-Blanche-Herbe, cant. de Gaen (ouest).