Voir l'itinéraire
4. « Willelmus cornes Marescalius oppidum Kigerran primo impetu cepit, familiaribus Mailgonis (Maelgwn fils de Bhys), qui iilud observabaat iaermibus, abire dimissis » (Annales Cambrix, ad an. 1204; Coll. du Maître des rôles; cf. Brut y Tywysogion, p. 260, môme collection).
BROUILLE DU MARÉCHAL ET DU ROI JEAN. lxxix
des paroles du roi ? nous l'ignorons ; toujours est-il qu'il partit rassuré, et lorsque Philippe, qu'il trouva à Compiègne, lui eut rappelé son engagement, il n'hésita pas à lui faire hommage*. Ce fut la cause d'une brouille qui dura plusieurs années entre lui et le roi Jean.
L'archevêque de Gantorbéry avait appris que le roi négociait en dehors de lui. Froissé de ce qu'il considérait comme un manque d'égards, il fit savoir à Philippe- Auguste, i)ar une voie indirecte, que le Maréchal et l'archidiacre de Wells n'avaient nulle qualité pour traiter de la paix. Le roi de France rompit aussitôt les négociations et les messagers revinrent en Angleterre tout déconfits^. Jean leur fit mauvais accueil et reprocha aigrement au Maréchal d'avoir fait hommage contre lui au roi de France. Et, lorsque Guillaume lui répondit qu'il l'avait fait avec son autorisation, Jean lui opposa un démenti et le menaça du jugement des barons. Le comte répondit qu'il s'y soumettait de plein gré. Peu après, le roi, ayant rassemblé à Portsmouth des troupes pour passer en Poitou et combattre le roi de France, somma le Maréchal de l'accompagner. Gelui-ci refusa. Fureur de Jean, qui de nouveau veut le faire juger par les barons présents. Geux-ci se regardent et restent silencieux. Le roi se tourne du côté de ceux qu'il appelait ses bacheliers et leur demande conseil, ce qui était une manière de les exciter à provoquer le Maréchal en duel. Mais il ne réussit pas mieux. Voyant enfin qu'il ne pouvait rien contre un homme
\. Ci-après, p. 178, n. 5. Cet hommage permit à Cuillaume de garder jusqu'à sa mort ses biens de Normandie et dr les transmettre à son (ils aîné, comme on le voit j)ar un acte de celui-ci daté de juin 1220 (Delisle, Cataloijue des actes de Phili})pr-Au(juslv, Qo 1971).
2. Au mois de mai. On voit, par l'itinéraire, que le :]\ mai le Maréchal était à Porchester.
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aussi universellement respecté, il recommença à lui faire bonne mine, lui prenant toutefois son fils aîné à titre d'otage (v. 13272). Ce ne fut que l'année suivante qu'il fit son expédition en Poitou, et cette fois il n'insista pas pour se faire accompagner du Maréchal. Il le laissa en Angleterre, lui confiant même, ainsi qu'à d'autres chevaliers, la garde du pays*.
Il revint en Angleterre au mois de décembre 1206, après une absence d'un peu plus de six mois. Le Maréchal lui demanda la permission d'aller en Irlande visiter les vastes terres qu'il y possédait par sa femme et qu'il n'avait jamais vues 2. Le roi y consentit à grand'peine, soit que réellement il eût besoin de ses services, soit que, défiant par nature, il craignit de lui voir prendre en Irlande une trop grande position. Il avait déjà son fils aîné à titre d'otage, il lui prit encore le second (v. 13419). Enfin, au mois de février, le Maréchal passa en Irlande. Les difficultés qu'il y rencontra, et qui, pour la plupart, lui furent suscitées par le roi Jean, ont fourni à notre auteur assez de matière pour qu'il n'ait pas cru utile d'allonger son récit en nous renseignant sur l'étendue des possessions du Maréchal 3, sur ses rapports avec ses vassaux, sur l'état de l'Irlande au commencement du XIII® siècle. Certes, il nous eût été précieux de trouver ici, sur ceux qu'on appelait les « Irois sauvages ^ » quelques
1. Les paroles du poète (v. 13289 et suiv.) sont assez vagues. Nous ne savons pas très bien quelle part d'autorité fut attribuée au Marécbal.
2. C'est du moins ce qu'affirme l'auteur; mais voir ci-après, p. 183, n. 8.
3. Nous savons seulement qu'elles devaient comprendre une grande partie du sud-ouest de l'Irlande.
4. Voir Débat des hérauts d'armes de France et d'Angleterre, § 54, et la note, p. 138 (Soc. des ancieus textes français).
LE MARÉCHAL EN IRLANDE. Lxxxi
observations du genre de celles que fit, au x\f siècle, le poète Edmond Speaser. Mais l'historien du Maréchal n'avait sans doute jamais été en Irlande, et Jean d'Erlée, qui avait accompagné son seigneur, et qui, pour un temps, avait gouverné à sa place, n'était sans doute pas curieux d'ethnographie. Quoi qu'il en soit, le poète ne fait aucune mention des luttes que le comte de Pembroke eut à soutenir contre les naturels de l'île, et dont nous ne connaissons pas les causes. Particulièrement, nous savons par Mathieu de Paris qu'il enleva à l'évêque de Ferns, Irlandais de nation, deux manoirs, et qu'ayant refusé de les rendre, sous prétexte qu'il les avait pris en temps de guerre, il encourut l'excommunication, dont il dédaigna de se faire relever^ Mais nous ignorons quand et dans quelles circonstances eut lieu cette guerre. A lire le poème, il semblerait que l'Irlande, ou du moins la partie du sud-est, où étaient les vastes domaines du Maréchal, n'ait été habitée que par des Anglais qui, du reste, ne cessaient de se quereller. A peine arrivé en Irlande, le Maréchal se trouva en conflit avec le grand juge Meilier. L'histoire de ces démêlés, d'où sortit une guerre véritable,
1. « Memoratus ilaque Willelmus, utpote beiUcosus et strenuus, dictas Marescallus, quasi Martis senescallus, dum ia Hybernia, stragi iateadfins et inceadio, terras sibi adquireret spatiosas, a quodam sanctç episcopo duo maneria ad suam ecclesiam pertiiientia, violenter et injuriose surripere, et subrepta sibi usurpaudo pFcesumpsit, quasi justo titulo, quia ia guerra adquisita, possidero. Episcopus igitur, post fréquentes admonitiones, in ipsum comitem procaciter respondentem, et contumaciter ia peccato suo dicta maaeria retiaentem, seatentiaui excommunicatioais aon imaierito fulguravit » (Ckronica majora, éd. Luard, IV, 492). Uu peu plus loin, Mathieu de Paris aous appreod que cet évù(}uo était l évoque de Feras. Mais comme INWêque doat il s'agit (Albiaus) occupa le siège do Feras de 118G à 1223, nous ae pouvous guère parvenir à dater cet événement.
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occupe environ 700 vers du poème*. C'est un récit entièrement nouveau, dans lequel peuvent trouver leur place divers documents diplomatiques connus antérieurement, mais dont la portée exacte n'apparaît que grâce au poème, car là seulement est clairement indiquée la position relative du Maréchal, de Meilier et du roi Jean.
Il est facile de comprendre que Meilier, jusque-là toutpuissant en Irlande, ait vu avec déplaisir l'arrivée d'un haut homme dont l'autorité ne pouvait manquer de contrebalancer la sienne. Aussi s'efforça-t-il de l'éloigner. Il obtint facilement du roi Jean, déjà mal disposé à l'égard du Maréchal, le rappel de celui-ci en Angleterre. Lui-même fut rappelé en même temps, mais, en partant, il ordonna à ses hommes de ravager la terre du Maréchal et de faire tout le mal possible à ceux qui la gardaient. Il fut obéi : on incendia quelques granges appartenant au Maréchal, on tua quelques-uns de ses hommes, mais finalement l'entreprise de Meilier échoua misérablement 2. Cependant, le comte de Pembroke et Meilier, chacun de son côté, s'étaient embarqués pour l'Angleterre. Le premier aborda en Galles le 29 septembre 1207 3. Il ne paraît pas s'être pressé de se rendre auprès du roi. Il est probable qu'il séjourna à Chepstowou dans quelqu'autre de ses châteaux du pays de Galles. Le 20 novembre, il était à BristoH. C'est seulement le 25 janvier que nous constatons sa présence à la cour du roi^, où Meilier l'avait certainement devancé, bien que le
2. Gela résulte du rapprochement des vers 13565-13572 et 13679-13692.