‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 382 sur 404 · XCIV INTRODUCTION. — III · texte numérisé non relu

XCIV INTRODUCTION. — III

c'est que le Maréchal ût, à cette occasion, des avances considérables qui ne furent remboursées à sa succession que cinq ans après sa mort*.

L'agitation à laquelle l'Angleterre avait été en proie depuis la révolte des barons ne se calma pas subitement après le départ de Louis. Bien que le Maréchal fût disposé à user d'indulgence à l'égard des barons révoltés, leur situation étant d'ailleurs réglée par le traité du 11 septembre, un chef gallois, Morgan de Gaerleon, continua la guerre et fut finalement vaincu et dépouillé de ses terres par les troupes du Maréchal. Un parlement fut convoqué à Worcester pour mettre fin à cette guerre. Morgan y réclama, par l'intermédiaire de son cousin, Llewelyn, les terres que le Maréchal lui avait enlevées. Celui-ci, nous dit le poète, eût été disposé à lui rendre ses terres si tel eût été l'avis de ses conseillers (v. 17815). Mais on fut d'avis qu'il avait le

i . Ces avances concernent des dépenses très variées faites pour le couronnement du roi, pour le paiement des gens de guerre, pour le paiement de l'indemnité accordée à Louis, pour des présents destinés au pape ou à certains cardinaux, etc. L'énumération s'en trouve dans deux lettres royales, du 31 mai 1224, qui font partie des Rotuli litterarum clausarum, I, 601, 602. J'en extrais seulement deux articles relatifs à l'indemnité de guerre :

Compulate etiam eisdem executoribus (l'abbé de Saint-Augustin de Bristol, Jean d'Erlée et Henri Fils Gerout) .xlv. raarcas quas idem cornes (le Maréchal) liberavit, per preceptum noslrum, Willelmo de Harecurt, pro .xlv. marcis quas idem Willelmus nobis comodavit ad opus Willelmi filii Florenlii Divitis de Sancto Audoraaro, pro Lodovico rege Francie. Computate etiam eisdem nongentas et .xxxviij. marcas et très solidos et .iiij. denarios quas idem comas liberavit, per preceptum nostrum, predicto Willelmo Florentii in parte solutionis sex millia marcarura quas debuimus predicto Lodovico.

Florent le Riche et son fils Guillaume étaient d'importants négociants de Saint-Omer qui servirent d'intermédiaires entre le gouvernement anglais et Louis pour le paiement de l'indemnité convenue à ce dernier. Voir Petit-Dutaillis, p. 176.

DERNIÈRE MALADIE DU MARÉCHAL. xcv

droit de les garder, et l'assemblée ratifia cette opinion. C'est ainsi que les possessions, déjà si considérables, du comte de Pembroke, s'accrurent de la terre de Gaerleon. Toute cette affaire reste assez obscure, n'étant guère connue que par ce qu'en dit le poème.

L'auteur passe ensuite au récit de la mort du Maréchal ^ . Cette fin du poème est certainement l'une des parties les plus attachantes, et, tant au point de vue historique qu'au point de vue littéraire, les plus remarquables de l'œuvre, non pas assurément que les menus incidents qui se produisirent au cours de la dernière maladie du comte aient influé en quoi que ce soit sur les événements contemporains, mais parce que, dans tous, le vieux chevalier est en scène et laisse paraître quelque aspect nouveau de son caractère simple et droit, où la bonté n'excluait ni la décision ni la fermeté.

Le régent tomba malade au mois de février 1219. Il était alors à Westminster-. Il se rendit d'abord à la Tour de Londres, où, sur le conseil des siens, il s'occupa de son testament^. Puis, trouvant que l'air de Londres n'était pas sain, il se fit transporter, par la Tamise, à son manoir de Gavershara. Sentant que sa fin était proche, il voulut d'abord remettre en mains sûres les lourdes fonctions qu'il avait assumées. Après mûre réflexion, il se décida à confier la garde du jeune roi au légat pontifical. Il justifia ce choix en disant qu'en Angleterre les esprits étaient plus divisés

1. Du moins dans le texte qui nous est parvenu. Mais j'ai fait remarquer qu'il y avait probablement une lacune assez considérable aux environs du v. 17872.

Page 1