‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 385 sur 404 · Ci-dessus, p. xl · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. xl

2. J'ai dit par erreur, p. lix, qu'il n'y en avait que quatre.

CARACTÈRE DU MARÉCHAL. xcix

fut porté à Reading, puis à Staines, et enfin à Londres, où il fut enterré en grande pompe dans l'église du Temple, où sa tombe existe encore. Lorsque la nouvelle de sa mort parvint en France, Philippe -Auguste dit de lui : « C'était « rhomme le plus loyal que j'aie jamais connu. » Le Maréchal n'eût pas désiré un autre éloge.

§ 7. Conclusion. — Entre les hommes qui, au moyen âge, ont joué les premiers rôles, il en est certainement plusieurs dont l'histoire nous est aussi bien connue, mieux connue peut-être, que celle de Guillaume le Maréchal : Jean Sans -Terre, par exemple, et ses successeurs, grâce au nombre infini d'actes de leurs chancelleries qui nous ont été conservés. Mais on n'en pourrait citer aucun, sinon peut-être saint Louis, grâce à Joinville, dont la physionomie morale nous apparaisse aussi nettement. Il est aisé, à l'aide des traits épars en divers endroits du poème, surtout dans les dernières pages, de faire le portrait de ce preux chevalier, qui se présente toujours de face et ne cherche à cacher ni ses actions ni sa pensée. En un certain sens, il fut ce qu'on appela plus tard un officier de fortune. Sa naissance ne le désignait pas pour la haute situation qu'il occupa dès la fin du règne de Henri IL Sans doute, les circonstances le favorisèrent. Il fut protégé par le comte Patrice de Salisbury; plus tard, Henri II le plaça auprès de son fils aîné. Ce ne furent pas là de médiocres avantages, mais il faut en conclure que, dès sa jeunesse, il avait bonne réputation. Ce n'était point un génie supérieur : c'était un homme sensé et droit. Jamais il ne fut inférieur à sa tâche; jamais, surtout, il ne tergiversa lorsqu'il se trouva en présence d'un devoir à accomplir. En tous temps, il s'est présenté des cas où l'homme le plus honnête a pu

c INTRODUCTION. — III, § 7.

hésiter entre deux partis. Lui n'hésita jamais. Sa règle de conduite fut toujours la loyauté, entendue au sens étroit du moyen âge, c'est-à-dire la fidélité au serment féodal. Il servit loyalement le jeune Henri contre son père Henri II, et non moins loyalement Henri II contre Richard. 11 lutta pour Richard contre Jean Sans-Terre, et, quand Jean Sans-Terre fut devenu roi, il lui fut fidèle jusqu'au dernier moment. Ce n'est pas qu'il ne se fût trouvé parfois en des conditions embarrassantes, par exemple, lorsqu'il fut requis par le roi Jean pour aller guerroyer en France contre Philippe- Auguste, à qui il avait dû faire hommage en 1205. Mais là encore sa règle inflexible lui épargna toute hésitation : il refusa net. Le roi lui en voulut et le persécuta, mais finit par lui rendre ses bonnes grâces. Cette droiture, qui le fit tenir en haute estime par ses contemporains, s'alliait à d'autres qualités, qui étaient celles qu'en son temps on prisait le plus haut. Il était vaillant dans les tournois et à la guerre, et c'est par les succès qu'il y obtint qu'il se fit connaître et apprécier; mais il était bon homme, ennemi des rigueurs inutiles ^ On appréciait son équité et on le regardait comme un sage conseiller. Il avait en toutes choses le sens de la mesure et de Fà-propos. Généreux envers tous, et particulièrement envers le clergé, comme le prouvent ses nombreuses fondations religieuses en Angleterre, en Galles et en Irlande, il accueillait mal les demandes qu'il jugeait intempestives. Ceux qui, à son lit de mort, cherchèrent à obtenir des donations, destinées à racheter de vieux péchés — dont il portait légèrement le poids — furent très mal reçus. Bien qu'il ne mît rien au-dessus de la chevalerie, il n'avait pas le tempérament batailleur. Il aimait

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