Voir l'épisode du larron qu'il épargne, v. 4425 et suiv
VALEUR HISTORIQUE DU POÈME. ci
la paix et inclinait aux solutions modérées. Aussitôt qu'il le put, il mit fin à la guerre contre Louis de France, s'arrêtant en plein succès, payant même à l'envahisseur une forte indemnité pour lui faire quitter plus vite le sol de l'Angleterre. Avec cela fort habile homme. Depuis le moment où il avait été fait chevalier, vers vingt ans environ, jusqu'à sa quarante-cinquième année, il avait vécu largement de ses gains dans les tournois et des soudées qu'il recevait du jeune roi Henri ou de Henri II, donnant libéralement, bien qu'il n'eût ni terre ni revenus fixes; puis il avait trouvé le moyen d'épouser une jeune fille qui était certainement la plus riche héritière de la Grande-Bretagne et de l'Irlande et avec laquelle il coula des jours heureux et eut beaucoup d'enfants.
On ne rendrait pas justice à l'auteur si on ne voyait dans son œuvre que la personne du Maréchal. Si important qu'ait été son rôle dans les événements du temps, le comte de Pembroke ne fut au premier rang que pendant les trois dernières années de son existence. Mais, à côté de lui, figurent dans le poème les plus hauts personnages du temps, Etienne de Blois, Henri II, le jeune roi Henri son fils, Richard Gœur-de-Lion, Jean Sans-Terre, Philippe-Auguste, et sur tous le poète fournit des données précises et nouvelles, des traits caractéristiques qui complètent heureusement ce qu'on sait d'ailleurs. Son témoignage est celui de contemporains bien informés, recueilli à une époque où la légende, qui tendait à dénaturer le caractère de certains hommes célèbres, n'était pas encore formée. Comparez ce qu'il dit de Richard aux amusants récits du Ménestrel de Reims. Chez ce dernier, les faits, ceux mêmes qui ont un fond de vérité, sont transformés par la légende et adaptés au goût d'un public ami des aventures. Dans l'Histoire du Maréchal, tout est réel.
cil INTRODUCTION. — III, § 7.
Richard nous apparaît tel qu'il était véritablement, passionné, impulsif, peu scrupuleux et capable de mauvaises actions S violent surtout 2, mais ayant un certain fond de bonté, sachant pardonner les injures ^ et disposé à la conciliation lorsqu'on savait le prendre^.
Nous ne risquons point d'exagérer en plaçant tout au premier rang, dans l'historiographie française, un ouvrage si abondant en faits nouveaux, si évidemment sincère dans l'exposé des événements et dans l'appréciation des personnes. Telle est la valeur de l'Histoire de Guillaume le Maréchal qu'il n'est aucune chronique française, aucun livre de mémoires du xni® siècle ni du xiv*" qui lui soit supérieur. Ici, bien entendu, il n'est pas question de classer nos vieux chroniqueurs par ordre de mérite : la comparaison n'est pas possible entre des compositions historiques qui traitent de sujets différents. Mais il peut être utile d'indiquer en quelques mots en quoi consiste la valeur de nos principaux historiens et quels sont aussi leurs côtés faibles, afin d'arriver à mieux définir, par opposition, le caractère et l'originalité de l'Histoire de Guillaume le Maréchal. Les noms qui se présentent tout d'abord à l'esprit sont ceux de Villehardouin, de Joinville et de Froissart. Le premier fut témoin des événements, compris en un petit nombre d'années, qu'il nous a contés. Même il y joua un rôle assez important. Il sut de la croisade de Constantinople tout ce qu'un croisé de haut rang en pouvait savoir, et son intelligence lui permit d'exposer les faits avec une clarté et une méthode bien rares chez les écrivains de son temps. Mais sa