V. H671 et suiv
VALEUR HISTORIQUE DU POÈME. cm
sincérité est suspecte ; non pas qu'il ait cherché à dénaturer les faits : ou n'a pas jusqu'à présent fourni de preuve décisive de cette façon d'altérer la vérité; mais il pèche par omission ou, plutôt, par réticence. Il était de ceux qui approuvèrent le changement de direction par suite duquel les croisés allèrent fonder un empire franc à Gonstantinople au lieu de secourir la Terre sainte, et, sous les apparences d'une sereine impartialité, il défend une opération qui souleva, dès l'origine, de vives contestations. Il soutient une thèse. L'historien du Maréchal, tout en favorisant son héros, est plus sincèrement impartial. Lorsqu'il croit devoir, par prudence ou par discrétion, taire une partie de ce qu'il sait, il nous en avertit bien franchement. Il embrasse, d'ailleurs, un champ infiniment plus vaste que Villehardouin, et si, sur plusieurs points, ses informations ont été insuffisantes, on ne voit pas quel intérêt il aurait eu à s'écarter de la vérité. Tout compensé, je crois que la somme des faits nouveaux et réellement importants est plus grande chez lui que chez l'historien de la quatrième croisade.
Bien différent est Joinville. Il est aussi abondant, aussi prolixe que Villehardouin est sec et concis. Il est aussi plus sincère. Il se livre à nous bonnement, nous confiant sans réticence ses pensées, ses faiblesses même. Il peut se tromper : écrivant longtemps après les événements, et sans notes S il lui arrive de s'embrouiller dans le détail des faits-; mais il est toujours véridique et sans parti pris. Le plus grand reproche qu'on puisse lui faire est que l'art de composer lui fait absolument défaut. Les paragraphes un peu décousus où il relate les paroles de saint Louis, qu'il connaissait si bien, sont un document psycliologique du plus haut prix. Mais
1. V^jir (i. Paris, Histoire lillrrairc de la France, XXXII, i'»6-^.