‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 388 sur 404 · Voir ilnd · texte numérisé non relu

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chez rhistorien du Maréchal aussi nous trouvons en abondance ce genre d'informations qui nous permet de faire, en quelque sorte, la psychologie des personnages. Assurément, le Maréchal n'occupe pas dans l'histoire une place aussi considérable que saint Louis; ce n'est, cependant, pas un faible gain pour notre connaissance du passé que de pénétrer dans l'âme d'un homme qui fut, au moyen âge, le type du chevalier sans peur et sans reproche.

Je sais bien qu'on objectera que, à la différence de Villehardouin et de Joinville, notre auteur n'a pas été, sauf en certains cas, le témoin des faits qu'il nous a transmis, puisqu'il a rédigé la plus grande partie de son poème sur des mémoires fournis par Jean d'Erléeou par d'autres fidèles du Maréchal. Mais il ne faut pas exagérer la portée de cette considération. Outre qu'il y a chez lui une part d'observation personnelle, tout prouve qu'il a utilisé avec un soin scrupuleux les renseignements fournis. Sans doute, le seul fait de rédiger littérairement et en vers une matière suppose un certain travail d'arrangement — la même remarque peut s'appliquer aux clercs qui résumaient en latin des négociations ou délibérations qui avaient lieu en langue vulgaire — mais je ne crois pas que le poète ait modifié en rien le fond ni même l'allure générale des récits qu'il a mis en rime. Il est visible qu'il s'identifie autant que possible avec ses autorités et qu'il n'intervient personnellement que dans l'appréciation, toujours très mesurée, des événements.

A plus forte raison peut-on dire que notre poème contient, proportionnellement à son étendue, bien plus de matière vrainjent historique que les Chroniques de Froissart. Celui-ci vaut surtout par le charme de sa narration, par l'abondance et la vivacité de ses récits, la peinture un peu embellie, vraie pourtant dans l'ensemble, qu'il nous présente de la

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vie des hautes classes dans la seconde moitié du xiv^ siècle. Mais, d'abord, une partie de son ouvrage (jusqu'en 1360) n'est guère originale, et pour cette période c'est plutôt Jean le Bel que lui qu'il faut citer. Puis, dans la partie qui lui appartient en propre, la critique a pu relever un nombre considérable d'inexactitudes, dont plusieurs peuvent passer pour des erreurs volontaires. Froissart avait plus de curiosité que de jugement. Il était avide d'informations, mais il ne se donnait guère la peine de les contrôler, surtout lorsqu'elles lui venaient de personnes avec qui il cherchait à entretenir de bonnes relations. Ses opinions pouvaient varier selon ses sympathies du moment, comme le prouvent les récits, souvent très différents, qu'il fait d'un même événement dans les diverses rédactions de son premier livre, à ce point qu'il est souvent difficile de savoir quand il dit la vérité. Ses Chroniques se lisent comme un roman, mais elles tiennent parfois plus du roman que de rhistoire.

Il est une chronique en vers, publiée depuis peu, qu'on est assez naturellement conduit à rapprocher de l'Histoire du Maréchal : c'est V Histoire de la guerre sainte, par Ambroise, récit très détaillé et très intelligemment fait de la troisième croisade. L'auteur avait accompagné Richard en Sicile, puis en Terre sainte, et, ce qu'il nous rapporte, il Tavait vu ou entendu conter par des témoins oculaires ^ Son poème est une source de premier ordre, on pourrait dire la principale source, pour l'histoire de la troisième croisade, et, bien qu'on l'ait utilisé depuis longtemps par la tra-

1. Abstraction faite dos évihiemnnts qui se passèrent en Terre sainte avant la venue de Hicluird, et pour le récit (IoscjuoIr il s'est servi d'une chronique l.ifine f(ui ne nous est pas parvenue. Voir la préface de M. G. Paris, p. m et cxxvi.

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ductioD latine q\xen fit un contemporain sous le titre âHtinerarium Ricardi, nous sommes heureux de pouvoir le lire en original dans la récente édition de M. G. Paris. L'auteur, cliaud partisan du roi Richard, appartenait sûrement à l'une des provinces françaises du roi d'Angleterre, très probablement à la Normandie. L'auteur de l'Histoire du Maréchal aussi était vraisemblablement Normand. Cependant, ces deux écrivains ne se ressemblent guère. Sans vouloir diminuer en rien le mérite d'Ambroise, tout en lui reconnaissant un louable souci de l'exactitude et beaucoup de clarté dans l'exposition, il faut avouer qu'il a, plus que l'historien du Maréchal, le caractère du jongleur. Il est nourri de la littérature des chansons de gestes; il prête à ses personnages des discours qui, en certains cas, notamment lorsqu'il s'agit des chefs sarrazins délibérant entre eux, sont de purs développements littéraires. Il est d'ailleurs certain qu'il n'a assisté que de loin aux combats dont il donne des descriptions très détaillées, et qu'il n'a pu recueillir que l'écho très affaibli, et probablement déjà bien obscurci, des délibérations qui avaient lieu entre les chefs de l'armée. C'était un simple pèlerin appartenant à la menue gent : il n'était ni combattant ni clerc. Certes, un jongleur pouvait, en certains cas, être très bien renseigné, comme le fut, par exemple, celui à qui nous devons la seconde partie du poème de la croisade albigeoise, mais c'était à condition d'être attaché à quelque grand personnage, et tel ne paraît pas avoir été le cas d'Ambroise. Quiconque prendra la peine d'étudier et de comparer les procédés de chacun des deux poètes y reconnaîtra de grandes différences. Toutes, je m'empresse de le dire, ne sont pas à l'avantage de Thistorien du Maréchal. Je reconnais à Ambroise plus d'habileté dans l'art de la composition et un sentiment plus personnel.. Le biographe du

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Maréchales! sobre d'appréciations personnelles. Son principal souci est de reproduire exactement les informations qui lui sont fournies. Il s'y applique consciencieusement, négligeant un peu l'art des transitions, se préoccupant plus des faits que de leur enchaînement. Mais, comme ses renseignements venaient des meilleures sources, toutes ses assertions méritent d'être prises en grande considération.

En somme, pour l'originalité, l'Histoire de Guillaume le Maréchal va de pair avec les œuvres historiques les plus originales du temps, puisqu'elle n'a rien emprunté aux écrits contemporains. Pour la variété et l'abondance des notions nouvelles, elle prend place au premier rang, puisqu'elle embrasse une période de quatre-vingts ans, depuis 1140 environ jusqu'en 1219. Et s'il est vrai que, jusqu'au moment où le Maréchal revint de Terre sainte (1186), les faits sont présentés d'une façon incomplète, souvent inexacte, et selon un ordre très défectueux, il faut pourtant reconnaître que, même dans cette partie, l'histoire peut recueillir nombre de données nouvelles sur des hommes notables du xif siècle, anglais, flamands, français, sur les mœurs, sur les conditions de la vie dans les hautes classes. Quant à la période qui s'étend de 1186 à 1219, notre poème est une source souvent unique et toujours infiniment précieuse.

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