H76] ACCOMPAGNÉ DU MARÉCHAL IL COURT LES TOURNOIS
du côté opposé, au contraire, dédaigneux de se former, vinrent en désordre jusque sur la bataille du jeune roi. Ils furent reçus chaudement : il y eut échange de coups de massues et d'épées, et les assaillants, qui avaient attaqué orgueilleusement, sans se tenir ensemble, furent repoussés. Le Maréchal, laissant le roi, se jeta sur un peloton qui se retirait au pas, et, frappant dans le tas, désarçonna un chevalier -, puis il reconduisit les autres à grands coups. Toutefois, une troupe fondit sur lui et Tobligea de se rabattre sur la bataille du jeune roi, qui lui fit des reproches de l'avoir quitté, a Sire, » reprit le Maréchal, « je ne savais pas que vous a vouliez être meilleur chevalier que vos ancêtres. Puisque c^est a à cela que vous visez,. désormais je m'efforcerai de vous y « aider » [2562].
Le jeune roi erra bien ainsi un an et demi avec sa suite, mais il eut cette mauvaise chance que dans tous les tournois auxquels il prit part il eut le dessous, et que ses hommes furent battus et repoussés. Pourtant il avait une troupe choisie et désireuse de bien faire. Tout le monde s'en étonnait. Un jour ils arrivèrent en un lieu où Normands et Anglais étaient groupés pour tournoier contre les Français. Ces derniers les regardèrent et manifestèrent grande joie, comme s'ils les tenaient déjà. Les hommes du jeune roi tinrent conseil et résolurent de se bien défendre. D'avance, dans leurs logis, les Français se partageaient les harnais et les esterlins des Anglais. Mais ils ne les avaient pas encore [2606]. Le Maréchal se tenait aux côtés du jeune roi, prêta le défendre, de sorte que, par crainte des grands coups qu'il savait donner, personne n'osait approcher. Cette fois, les hommes du jeune roi ne perdirent rien, mais gagnèrent sur leurs adversaires. Et depuis lors il en fut de même dans toutes les rencontres. Le Maréchal eut la récompense que méritait son courage. U devint sire et maître de son seigneur. Et c'était bien légitime, puisqu'il relevait dans la prouesse [2636].
Ce fut le jeune roi qui raviva la chevalerie, qui était morte ou peu s'en faut. Il fut Phuis, l'entrée, la porte par où elle revint-, il fut son porte -bannière. En ce temps, les hauts hommes ne faisaient rien pour les jeunes gens ; il donna l'exemple de retenir à soi les bons. Et, quand les hauts hommes le virent s'attacher tous les bons, ils admirèrent sa sagesse, et