Ci-après, p. 193, n. h
CXli INTRODUCTION. — IV.
moyen âge*, comme aussi la personnification de Convoitise (v. 8071), d'Envie (v. 5121), de Gentillesse (v. 5065), de Largesse (v. 3662, 5064), d'Oubliance (v. 3669), de Prouesse (v. 1887), de Remembra n ce (v. 3672), de Renommée (v. 3427, 6193). Toutes ces figures, qui ornent tant de poèmes du xiu^ siècle, étaient déjà en vogue au temps où fut composée notre histoire. Renomée qui tost vole (v. 3427) apparaît déjà dans le Roman de Troie (v. 24626), dans Guillaume de Dâle (v. 937), dans l'Escoufle (v. 8516). A propos du vers 108 : C'ert ma joie, cert mis conforZy j'ai cité en note deux vers d'Erec et Enide (éd. Forster, v. 543-4), où la même expression se retrouve. On lit de même dans Meraugis (éd. Friedwagner, V. 4877-8) :
C'est mes deduiz, c'est mes deporz, C'est ma joie, c'est mes conforz,
vers évidemment imités de Chrétien de Troyes. Le premier de ces deux vers a été aussi adopté par l'auteur du Dolopathos (v. 4125). Je ne crois pas, du reste, que notre auteur ait imité consciemment Chrétien de Troyes : son style est trop différent^. Je crois même qu'il n'imite personne. Seulement, il se peut que certains vers, qu'il avait lus ou entendus, soient venus, pour ainsi dire à son insu, se placer sous sa plume. Ainsi, lorsque, parlant des barons anglais qui envoyèrent leurs enfants comme otages, pour le roi Richard, il écrit : M oit s'en voldrent cil entremetre. . . Qui lor
1. Benoit, Chron, des ducs de Norm., v. 41103; Eneas, v. 685; Guill. de Palerne. De même dans la poésie latine du temps ; voir Kingsford, The Song of Lewes (Oxford, 1890), p. 87-8.
2. Des coïncideDces portant sur des expressions banales, telles que La vostre merci, biaus douz sire (Erec, v. 624, et Hist. du Mar., V. 9342), ne prouvent rien.
VERSIFICATION. cxiii
enfanz i enveierent En ostages... (v. 9991-4), il reproduit, à peu près, Ambroise, chez qui nous lisons, à propos du même fait : E li baron qui Vostagierent, Qui lor enfanz i envoierent. Ces deux vers : Or sunt li mensongier a ese, Or n'ont chose qui lor desplaise (5849-50) , sont comme l'écho de ceux-ci : Or sont li amant moût a aise. Or nont il rien qui lour desplaise {Eracles, 4624-5).
Ces rapprochements n'ont pas grande portée. On pourrait en augmenter le nombre sans arriver à prouver que notre poète ait été un imitateur. Je crois, au contraire, qu'il est original dans la forme comme nous avons vu qu'il l'était dans le fond. Il a sa manière à lui et ne se rattache à aucune école.