‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 392 sur 404 · V. Examen du poème au point de vue philologique · texte numérisé non relu

V. Examen du poème au point de vue philologique

§ 1. Versification. — La versification de l'Histoire du Maréchal n'offre aucun caractère exceptionnel ni même rare. Indiquons-en cependant les traits principaux.

A l'époque où l'auteur composait, on ne suivait plus guère l'ancienne règle selon laquelle les deux vers rimant ensemble étaient liés par le sens non moins que par la rime, en sorte que toute phrase, ou du moins toute proposition, devait se terminer avec le second vers de la paire ou couplet. Chrétien de Troie paraît avoir introduit l'usage de briser l'unité du couplet en terminant une phrase avec le premier vers d'un couplet, une nouvelle phrase commençant avec le second. Ce qui n'était de sa part qu'une sorte de licence devint, chez certains trouvères, tels que Raoul do Houdenc, Huon de Méry, les auteurs de Guillaume de Dole, de UEscoufle, etc., une recherche d'élégance. L'his- 111 /(

CXnr INTRODUCTION. — V, § 1.

torien du Maréchal ne vise à aucune recherche de ce genre, mais il ne se fait pas faute de commencer ses phrases avec le second vers de la paire lorsqu'il le juge à proposa

J'ai eu plus d'une fois l'occasion de remarquer que les poètes normands et anglo-normands admettent de temps à autre quatre ou même six vers consécutifs sur la même rime 2. Notre auteur se permet quelquefois cette licence : 1651-4, 3039-42, 3111-4, 3347-51, 4623-8, 6169-72, 6339-42, 10519-22, 13107-10, 16321-4.

Il rime fort exactement, ne se permettant aucune assonance, et recherchant les rimes que nous appelons riches, celles qui comportent l'identité de la consonne d'appui et môme de la voyelle qui précède cette consonne (rimes léonines). Ainsi, il fera rimer ensemble rei, conrei, desrei, 41, 473, 1307, di avec amaladi, 89, merci avec ci, 709, sucvrut avec murut, 75, commencement avec de finement, 3, etc. C'est de sa part une tendance, non un usage constante Le désir de faire des rimes léonines entraînait les poètes du moyen âge à accoupler soit le simple avec un de ses composés, soit deux composés du même mot. Ici, les exemples abondent. Dans les cent cinquante premiers vers nous trouvons faire-afaire , reprendre-entreprendre, am^isnièe-maisniée, endurer-durer, enprises-aprises, tenue-maintenue, tindrent-maintindrent , tenir-main-

1. C'est ce que j'ai établi par quelques citations dans mon mémoire sur le couplet de deux vers, Romania, XXIII, 21, 22.

2. Fragments d'une vie de saint Thomas de Cantorbéry, en vers accouplés (Paris, 1885, Soc. des anc. textes), p. xxxv. — L'Escoufle, p. LU. — Notices et Extraits des mss., XXXII, 2« partie, 78.

3. Certaines rimes sont tout juste suffisantes; par exemple celles de fui et lut avec atresi, di, merci (5954, 9286, 9788, 9878, 9950). — La rime denz-gent, 10555-6, est fautive, mais il est aisé de rétablir genz.

\t:rsification. cxv

tenir, mesléedemeslée . L'auteur fait quelquefois rimer un mot avec lui-même (s' entendent-entendent, 9, en séantséant, 215, tote voie-a la voie, 333, grant poeir-plus que poeir, 1825), mais il le fait ordinairement avec plus de discrétion que certains de ses contemporains* : il y a toujours une différence de sens ou d'emploi entre les deux mots identiques associés par la rime-. Ainsi, aux vers 2019-20, mains rime avec lui-même; mais, au second vers, ce mot fait partie de la locution prendre en mains. Aux vers 2061-2 mains (minus) est employé dans deux locutions différentes : al mains et plus que mains. Il y a pourtant quelques exemples où la différence est uniquement dans le mot qui précède la rime. Nous voyons deus cenz rimer avec sis cenZy V. 5083-4, et se sisirent avec ni sistrent, V. 7203-43.

Les rimes féminines étant considérées comme léonines, puisqu'elles portent sur les deux dernières syllabes du mot, sont naturellement très nombreuses chez les poètes qui cherchent à rimer richement. La proportion de ces rimes varie singulièrement d'un poème à l'autre ; il y a donc là un caractère qu'il est utile de définir. Ici, la moyenne des rimes féminines est d'environ 45 pour 100. Elle paraît plus forte dans le commencement que vers la fin. Dans les mille premières paires de vers (v. 1 à 2,000), j'ai compté 462 paires féminines. Du v. 13001 au v. 14000, j'en ai compté 209 seulement et du v. 18001 à49000je n'en trouve

4, Voir la préface de VEscoufle, p. li.

2. Au V. 2383, j'aurais dû écrire afaire en un mot (on rime avec riens faire).

3. Notons toutefois qu'on pourrait, au v. 7203, substituer asislrenl ou s'asistrent eu se fondant sur le v. 6402.

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